Quelle «stratégie de sortie»? Abandonner, purement et simplement? Attendre la prochaine victoire (mardi en Virginie occidentale, la semaine prochaine dans le Kentucky...) pour s'en aller la tête haute? Résister jusqu'à la dernière minute? Alors que les spéculations vont bon train au sujet des intentions d'une Hillary Clinton qui ne parvient pas à rattraper son retard sur son adversaire démocrate, une thèse est aujourd'hui en vogue: la sénatrice de New York aurait choisi de devenir la colistière de Barack Obama. Oublié, pour l'instant, le pari de devenir la première présidente des Etats-Unis. Hillary Clinton se contentera de la deuxième place.

Electorat divisé

Cette perspective faisait rêver depuis longtemps les démocrates. Mais elle a semblé perdre de sa pertinence à mesure que le duel s'est durci entre les deux prétendants et que leurs électorats se sont divisés de plus en plus nettement. Les jeunes, les Noirs et les citadins pour Barack Obama, les électeurs ruraux, les femmes blanches et les seniors du côté d'Hillary.

Aujourd'hui, pourtant, la perspective revient en force. Et c'est notamment Carl Bernstein, le mythique reporter du Wategate et auteur d'une monumentale biographie sur Hillary Clinton qui la remet au goût du jour. Après avoir sondé les proches et les conseillers de la sénatrice, Carl Bernstein s'en montre convaincu: elle tentera une sortie «par le haut». En d'autres termes, elle tentera vaille que vaille de se faire offrir la vice-présidence dans un «ticket» dominé par Barack Obama.

Jusqu'ici, tout le monde s'accordait à dessiner la même issue de secours pour la candidate en cas d'échec. De retour sur la colline du Capitole, où elle aurait fini d'acquérir le statut de membre le plus célèbre du Congrès, Hillary Clinton aurait pu postuler pour la place de présidente du Sénat. S'assurant un rôle de leader parmi les élus, pouvant servir de courroie de transmission avec la Maison-Blanche, elle aurait ainsi pu profiter de son poste pour faire appliquer une bonne partie de son programme de campagne, et notamment le point qui lui tient le plus à cœur, l'introduction d'une couverture santé universelle pour l'ensemble des Américains.

Toutefois, les circonstances ont changé, notent tous ceux qui traquent les moindres soubresauts de la campagne. A force de se montrer implacable envers son rival, Hillary Clinton s'est fait beaucoup d'ennemis au sein même du bloc démocrate. Et ce parcours au Sénat ne serait plus pour elle un chemin de roses. Même la seconde porte de sortie, qui consisterait à viser le poste de gouverneur de New York en 2010 (contre Rudolph Giuliani?) pourrait apparaître inaccessible si elle ne trouve pas le plein appui de son parti.

Plus combative

Reste donc l'hypothèse du «ticket». Elle expliquerait pourquoi la candidate, loin de baisser les bras, se montre au contraire plus combative que jamais: il s'agirait de se placer en position de force avant de commencer le marchandage avec le probable vainqueur. Quitte pour cela à jouer avec le feu. De plus en plus ouvertement, Hillary Clinton suggère en effet que l'Amérique «blanche» n'est pas prête à élire un candidat métis. Il y a quelques jours, elle l'affichait ainsi dans le USA Today: «Le soutien des travailleurs, de ceux qui travaillent dur, des travailleurs blancs américains, est encore en train de faiblir, et maintenant les Blancs qui n'ont pas fait l'Université m'offrent leur appui.» Un argument «racial» explosif au pays du politiquement correct, qui n'est pas loin d'amener le Parti démocrate au bord de la rupture.

Dans l'hypothèse d'un dream ticket, il y a pourtant un autre hic: Barack Obama n'en veut pas. Le sénateur de l'Illinois aurait en effet beaucoup à perdre, aujourd'hui, à faire jeu commun avec une adversaire dont il a pris soin, lui aussi, de se démarquer tout au long de la campagne. Mais sera-t-il en mesure de résister face aux «apparatchiks» apeurés du parti? En tout état de cause, une cohabitation entre les Clinton (y compris Bill) et les Obama (y compris Michelle, la femme de Barack qui n'a rien à envier à Hillary question détermination...) s'annoncerait pour le moins complexe.

Mais encore faudrait-il, d'ici là, que cet improbable duo réussisse à s'imposer lors de l'élection de novembre face au républicain John McCain. Pour ceux qui aiment décrire Hillary Clinton comme une politicienne sans scrupule, une éventuelle défaite commune ne serait pas le pire des scénarios. Alors que Barack Obama se serait grillé dans l'exercice, il serait toujours temps, pour elle, de se représenter dans quatre ans.