Des histoires vraies

Claudia Rusch,écrivain

La production littéraire de la «Generation Trabant» – la dernière de la RDA – a éveillé beaucoup de curiosité. De nombreux récits oscillant entre les souvenirs d’enfance et le témoignage autobiographique ont nourri l’impression que le retour sur le passé servait d’abord à s’orienter dans le présent.

Claudia Rusch mérite le distinguo pour ses «histoires vraies», collection de perles drôles et émouvantes réunies dans Meine freie deutsche Jugend (2003), devenu un best-seller. L’écrivain remet ça avec Aufbau Ost (2009). Cette fois, elle brosse un portrait contrasté des districts de l’ex-Allemagne de l’Est passés à la moulinette de la réunification. Avec talent, sensibilité et humour, elle raconte des histoires significatives qui donnent le pouls de l’Allemagne contemporaine. Claudia Rusch refuse la nostalgie de l’ex-RDA, ce qui la différencie de plusieurs auteurs qui ont usé et abusé de ce sentiment à la mode au tournant du millénaire. Son histoire particulière – née en 1971, elle a grandi dans l’entourage des dissidents Katja et Robert Havemann – lui confère une perspective particulière dont elle se sert pour installer, l’air de rien, une concurrence des mémoires et de la légitimité à parler de la RDA et de son devenir. Berlinoise d’adoption, elle a vécu intensément le mélange des deux Allemagne. Elle en livre une lecture stimulante qui a le mérite de démonter, un à un, les clichés et les préjugés.