A Portsmouth, principal port de la Royal Navy situé sur la côte sud de l’Angleterre, le HMS M.33 est méticuleusement rénové, entouré d’échafaudages et recouvert d’une toile transparente. Il est un des trois derniers navires britanniques datant de la Première Guerre mondiale et le seul parmi ceux qui se sont rendus dans le détroit des Dardanelles en mars 1915.

«C’est une petite capsule temporelle», raconte Nick Hewitt, un des responsables du Musée national de la Royal Navy, debout sur le navire long de 54 mètres. «Un survivant qui s’est réellement battu lors d’une campagne internationale de grande ampleur.» Les Britanniques et les Français, qui ont conjointement lancé l’attaque le 18 mars 1915, espéraient s’emparer du détroit pour faire tomber Istanbul, alors Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman entré en guerre aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, et ainsi ouvrir un accès pour soutenir les Russes à l’est.

Construit en sept semaines

Mais l’attaque navale fut repoussée, forçant les Alliés à entamer une campagne à terre le 25 avril, avec en soutien les canons des navires dont ceux du M.33, spécialement doté d’un fond plat pour pouvoir s’approcher des côtes. Construit en seulement sept semaines, ce bâtiment avait un équipage de 78 personnes. Il fait maintenant partie du panthéon des navires britanniques, idéalement placé aux côtés du Mary-Rose, le navire favori d’Henri VIII, et du HMS Victory, le trois-mâts de l’amiral Nelson à la bataille de Trafalgar.

Les réparations de la structure métallique du M.33 sont terminées. Reste maintenant à le repeindre et à installer les présentations audiovisuelles qui feront revivre aux visiteurs, à partir d’août, l’enfer des Dardanelles. Quelque 100 000 hommes perdirent la vie lors de cette effroyable campagne qui s’étira jusqu’en janvier 1916 – dont environ 50 000 de l’Empire ottoman, 35 000 du Royaume-Uni, 10 000 de France, 9000 d’Australie et 3000 de Nouvelle-Zélande.

Les héros de l’Anzac

Cette bataille, aussi connue sous le nom de Gallipoli, est une des plus célèbres victoires de l’armée turque durant la Première Guerre mondiale. Elle constitue également un moment fondateur de l’histoire de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, qui considèrent que «les héroïques soldats du corps armé australien et néo-zélandais (Anzac) ont été conduits au désastre par de mauvais généraux britanniques», rappelle M. Hewitt. Ces deux pays ont d’ailleurs fait du 25 avril, date du débarquement sur la plage dite d’Anzac, sur la péninsule de Gallipoli, une journée nationale.

Le combat de ceux qui sont morts à Gallipoli éveille toujours un siècle plus tard des résonances profondes aux antipodes. Lorsque les plus de 60 000 soldats australiens et néo-zélandais rejoignirent les alliés sur la péninsule de Gallipoli, aujourd’hui en territoire turc, l’objectif était de mener une campagne éclair. Mais le projet d’ouvrir le détroit des Dardanelles aux bâtiments alliés s’est heurté à une résistance farouche des troupes ottomanes.

Courage et camaraderie

Plus de 11 500 Anzacs ne sont jamais rentrés chez eux. L’impact fut énorme dans les deux pays. C’était la première fois que les deux pays combattaient à une telle échelle en leur nom propre et les soldats de l’Anzac ont été salués pour leur courage et leur sens de la camaraderie. «Dans un sens, ce fut le creuset dans lequel s’est constituée notre identité nationale mais cela a laissé des cicatrices terribles», selon le premier ministre australien, Tony Abbott. «Gallipoli fut notre baptême du feu et 8000 Australiens ne sont pas rentrés à la maison.» Et «la légende de l’Anzac s’est transformée en même temps que la société australienne», explique Joan Beaumont, du Centre d’études de stratégie et de défense de l’Université nationale d’Australie.