Coup de foudre entre Paris et Berlin ou orage sur les relations franco-allemandes? La météo a fortement contrarié le premier déplacement à l’étranger du nouveau président français. L’avion de François Hollande frappé par la foudre a dû faire demi-tour après un premier décollage et c’est avec une heure de retard que le Falcon présidentiel s’est posé à Berlin, faisant attendre une Angela Merkel connue pour ne guère apprécier les contrordres.

Après une poignée de main appuyée sur le parvis de la Chancellerie, tous deux se sont retrouvés pour un entretien en tête-à-tête, suivi d’une première prise de contact des deux équipes, et d’un dîner. «Il ne s’agit pas de négociations», avait assuré la Chancellerie à la veille de la rencontre. Angela Merkel était plus soucieuse de faire oublier le faux pas de l’avant-élection, lorsqu’elle avait refusé de recevoir le candidat Hollande, que d’aborder d’entrée de jeu le point de discorde potentiel entre les deux pays qu’est l’avenir du pacte budgétaire. Mais le président français s’est montré plus offensif qu’espéré à Berlin. «Il est important de mettre tous les dossiers sur la table», a insisté François Hollande, citant le rôle de la BCE, les euro-bonds, et les mesures de relance de la croissance, tous sujets qui fâchent en Allemagne. «Comme Mme Merkel, je souhaite que la Grèce reste dans la zone euro, a souligné François Hollande, et il est important de dire aux Grecs que l’Europe est prête à prendre des mesures pour la croissance.»

L’appui du SPD à François Hollande

Entre Paris et Berlin, les fronts ont semblé se durcir au cours des dernières semaines. François Hollande soutient une politique d’investissements publics pour soutenir la croissance. Angela Merkel, défenseuse de l’orthodoxie budgétaire, s’oppose à toute mesure qui pourrait creuser les déficits.

Mais la chancelière aura du mal à imposer son point de vue. Hier à Berlin, les trois candidats potentiels du SPD aux élections de l’automne 2013 ont adressé un soutien appuyé à François Hollande: «Nous voulons que le traité budgétaire soit complété par des mesures de croissance», ont insisté Peer Steinbrück, Frank-Walter Steinmeier et Sigmar Gabriel. «Le plus urgent est un programme d’urgence pour lutter contre le chômage des jeunes en Europe.» Les leaders du Parti social-démocrate sont notamment favorables à la mobilisation de fonds non utilisés des fonds structurels européens, une mesure également réclamée par François Hollande. Le SPD demande également l’introduction d’une taxe sur les transactions financières.

L’appui du SPD à François Hollande le jour même où il rend visite à la chancelière est plus que symbolique: l’Allemagne n’a pas encore ratifié le pacte budgétaire. Le gouvernement espère faire adopter le texte d’ici aux vacances parlementaires, fin juin, mais aura pour ce faire besoin du soutien du SPD. Le texte doit être adopté à la majorité des deux tiers. Hier, les sociaux-démocrates ont clairement posé les conditions à leur soutien, rétrécissant un peu plus la marge de manœuvre d’Angela Merkel.