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Hollande-Ayrault, un duo qui veut réconcilier les Français

Le nouveau premier ministre français nommé par François Hollande a pour lui un parcours régional exemplaire, et une très bonne entente avec le président. Il devrait présenter son gouvernement ce mercredi. Hier à Berlin, François Hollande et Angela Merkel ont déclaré que la Grèce devait rester dans la zone euro

C’est donc Jean-Marc Ayrault, un germanophile au profil de socialdémocrate. Pressé de questions hier matin sur RTL, Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers et vieil ami de François Hollande, a défloré l’annonce prévue pour l’après-midi. La confirmation est arrivée à 17 heures: Jean-Marc Ayrault, le député-maire de Nantes, a été nommé premier ministre par le nouveau président de la république. Pressenti à ce poste depuis plusieurs semaines, Jean-Marc Ayrault était hier au premier rang des cérémonies d’intronisation du chef de l’Etat socialiste.

Agé de 62 ans, fils d’ouvrier, le nouveau premier ministre possède, comme François Hollande, un profil social-démocrate. Hors courants politiques, il représente un socialisme modéré qui rassurera les centristes. L’aile gauche du Parti socialiste, elle, aurait peut-être préféré voir Martine Aubry, la patronne du PS, prendre la tête du gouvernement. Mais le résultat décevant du candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, au premier tour de la présidentielle, n’a pas contraint François Hollande à donner des gages à la gauche radicale.

Premier atout de Jean-Marc Ayrault: cet ancien professeur d’allemand connaît bien l’Allemagne et possède de nombreux contacts au sein du SPD. Sa germanophilie sera de nature à conforter le couple franco-allemand et peut-être à rassurer la chancelière Angela Merkel sur les intentions de François Hollande.

Réservé, discret, peu adepte des petites phrases, le nouveau chef du gouvernement a une réputation de sérieux, d’austérité, d’homme de rassemblement. Il a la même fibre « normale » que François Hollande et s’est rallié à lui dès juillet dernier, durant la primaire.Très présent à ses meetings, il possédait le titre de conseiller spécial durant la campagne.

La nomination de Jean-Marc Ayrault tient beaucoup à l’entente politique et personnelle entre les deux hommes. François Hollande en faisait un important critère de choix. Le chef du gouvernement est proche du nouveau président sans pour autant avoir effectué ses études avec lui, comme les vieux compagnons de route du Corrézien que sont Michel Sapin ou Jean-Pierre Jouyet, anciens de l’ENA. Les deux socialistes ont appris à se connaître à l’Assemblée nationale : le député de Loire-Atlantique siègeait depuis 1986 au Palais Bourbon, le Corrézien depuis 1997. Cette année-là, Jean-Marc Ayrault a pris la présidence du groupe socialiste, il ne l’a plus quittée. A ce titre, il connaît tous les rouages de la mécanique parlementaire, ce qui lui sera précieux comme chef du gouvernement pour faire passer les projets de loi de l’exécutif. Il maîtrise aussi les arcanes du parti, où il est entré à 22 ans. Deux atouts pour mener la campagne des législatives, lui qui n’a jamais connu de défaite électorale depuis 1976.

En revanche, il ne possède aucune expérience ministérielle. Son parcours est celui d’un grand élu régional. Maire de Nantes depuis 1989, réélu trois fois, il a redonné vigueur et dynamisme à cette ville marquée par la fermeture de chantiers navals et la désindustrialisation. Il a développé la culture, favorisé les transports publics. Aujourd’hui, Nantes est la sixième ville de France, l’une de ces capitales régionales qui bougent. Une ombre au tableau toutefois, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, rebaptisé « Ayraultport » par ses détracteurs. Défendu par le maire depuis années, combattu notamment par les écologistes et les paysans de la région, ce projet a conduit certains opposants à la grève de la faim. François Hollande a dû intervenir il y a quelques jours pour déminer le dossier.

Autre souci, une condamnation en 1997 à six mois de prison avec sursis pour «favoritisme» en raison de l’attribution du marché d’impression du journal municipal à un proche du PS, sans appel d’offres. La droite et le FN ont immédiatement critiqué le choix de François Hollande, qui promettait une « république exemplaire ». Les socialistes répliquent que Jean-Marc Ayrault a été réhabilité en 2007, sa condamnation étant effacée de son casier. Lui-même a expliqué avoir endossé cette affaire en tant que maire et n’être pas impliqué personnellement, jurant de sa probité : « Il n’a jamais été question d’enrichissement personnel ou de financement politique. »

A Matignon, la passation des pouvoirs aura lieu mercredi matin à 10 heures. Le gouvernement devrait être annoncé en fin de journée. Jusque là, les spéculations contineront, notamment quant au poste qu’occupera Martine Aubry. La patronne du PS, garante de l’unité des socialistes durant la campagne, pourrait prendre la tête, selon les médias français, d’un grand pôle ministériel comprenant la culture, sujet qui la passionne, et devenir numéro deux du gouvernement. Pierre Moscovici est pressenti aux Affaires étrangères, Laurent Fabius à la Défense.

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