C’était la troisième tentative. Depuis des mois, un groupe de sénateurs – menés par le républicain John McCain – essayait de faire approuver une résolution en faveur du respect des droits de l’homme en Egypte. Mais le texte, qui demandait notamment la levée de l’état d’urgence et la libération des prisonniers politiques, se fracassa une nouvelle fois en décembre dernier, face au refus déterminé d’une poignée d’élus. Le texte était pourtant prémonitoire: quelques semaines plus tard, les Egyptiens en colère envahissaient la place Tahrir.

Le triomphe du réalisme politique? Celui, aussi, du travail de lobbying à l’œuvre à Washington. Dans le système américain, il n’est pas rare que des Etats étrangers aient recours à des firmes pour améliorer leur image au Congrès et pour séduire les élus. L’Egypte d’Hosni Moubarak est aux avant-postes. Depuis trois ans, elle a payé plus de 4 millions de dollars (plus les frais) à une société appelée PLM Group afin de «faciliter la conclusion» de contrats commerciaux et militaires et d’offrir «des conseils stratégiques de haut niveau sur l’image de l’Egypte aux décideurs américains».

Aide réduite

Selon les chiffres officiels, les membres de PLM ont bien travaillé: ils ont eu 1873 «contacts» avec le monde du Congrès américain pour tenter de faire passer leur message.

C’est pour contrecarrer les réticences républicaines que le régime de Moubarak avait dans un premier temps approché les lobbies américains. Guidée par son «agenda pour la liberté» et soucieuse d’embellir dans le monde arabe une image fortement ternie par la guerre d’Irak, l’administration Bush commençait à compter l’aide accordée au régime égyptien. Elle était passée de plus de 2 milliards de dollars annuels en 1998 à 1,5 milliard avant l’engagement de PLM Group. Certains commençaient même à évoquer l’idée de supprimer cette aide purement et simplement ou, à tout le moins, de la conditionner étroitement aux progrès accomplis en matière de respect des droits de l’homme.

Dans leur réaction, Hosni Moubarak et ses conseillers avaient vu grand. Parmi les fondateurs de PLM Group figure Bob Livingston, un ancien élu républicain en charge notamment de l’attribution des budgets. Mais aussi Tony Podesta, considéré comme l’un des lobbyistes les plus influents de Washington.

Parmi les clients de Tony Podesta: Google, des entreprises liées à l’énergie ou encore Credit Suisse, Novartis ou Nestlé. Mais aussi Lockheed Martin, General Dynamics ou BAE Systems, autant de fabricants d’armes américains qui ont d’importants contrats avec l’Egypte.

Le nom de Tony Podesta a été noté 12 fois dans les registres des visiteurs de la Maison-Blanche depuis que Barack Obama est à la présidence. A trois occasions, il a ­rencontré personnellement le président. Le propre frère de Tony Podesta, John, a été secrétaire général de la Maison-Blanche sous Bill Clinton, après avoir un temps accompagné son frère dans le travail de lobbying. Il dirige maintenant un groupe de pensée libéral (de gauche) à Washington.