Les Israéliens devront-ils se rendre aux urnes une quatrième fois? A deux jours des troisièmes élections en un peu plus d’une année, l’incertitude quant à l’avenir politique du pays est totale. Depuis décembre 2018, le système politique est complètement bloqué. Aucune des élections anticipées tenues jusqu’ici n’a permis de dégager de majorité absolue. Toutes les tentatives pour former un gouvernement de coalition ont également échoué, du jamais vu depuis la création d’Israël en 1948.

Les derniers sondages mettent le Likoud de Benyamin Netanyahou au coude à coude avec le parti Bleu Blanc de son rival Benny Gantz. Une situation qui rappelle tellement les rapports de force à la veille des élections précédentes que de nombreux commentateurs n’excluent pas la possibilité d’un quatrième appel aux urnes.

Référendum sur Netanyahou

Cette nouvelle impasse, les Israéliens la doivent à trois hommes. Benyamin Netanyahou, d’abord. «Tout tourne autour de lui. Sans sa présence, un gouvernement de coalition serait formé en quelques heures», explique Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem et à l’Institut Israélien pour la démocratie. «Bibi sait parler aux Israéliens. La société est profondément divisée, et l’un des facteurs de division les plus importants est l’interprétation de ce qu’est une démocratie. Le populisme de Netanyahou séduit grosso modo la moitié de la population, ce qui participe évidemment au blocage», ajoute Gideon Rahat.

Il y a aussi la mise en accusation pour corruption du premier ministre, qui s’accroche désormais au pouvoir pour s’assurer l’immunité et éviter le début de son procès agendé au 17 mars. La place occupée par Benyamin Netanyahou dans le système politique israélien est telle que ces troisièmes élections ont pris la forme d’un véritable référendum autour de sa personne.

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Face à lui, Benny Gantz joue les seconds. Ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, il dirige le parti de coalition centriste «Bleu Blanc», créé il y a une année. Son objectif principal est de mettre fin à l’ère Netanyahou. Il a sa part de responsabilité dans le blocage actuel, notamment parce qu’il a catégoriquement refusé de cohabiter avec son rival à l’issue des deuxièmes élections. Une cohabitation aurait évité ce troisième appel aux urnes en créant un gouvernement d’union nationale.

Enfin, le dernier homme de ce trio est Avigdor Lieberman, le leader d’«Israël notre Foyer», un parti de droite nationaliste, anti-arabe et anti-religieux, souvent qualifié de «faiseur de roi» en raison de son poids électoral. C’est lui a déclenché la crise gouvernementale en novembre 2018. Alors ministre de la Défense, il avait précipité la chute du gouvernement Netanyahou en quittant la coalition pour protester contre la conclusion d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, qu’il avait qualifié de «capitulation».

Société à droite

«La société israélienne est idéologiquement à droite comme le montrent les résultats de toutes les élections. Mis tous ensemble, les partis de droite ont la majorité absolue à la Knesset, le parlement israélien», explique Dahlia Scheindlin, experte de l’opinion publique israélienne et chargée de cours à l’Université de Tel-Aviv. C’est là que le poids d’Avigdor Lieberman, l’homme de la droite nationaliste, entre dans la balance. «Il a effectué un glissement idéologique ces derniers mois qui pourrait être décisif», poursuit Dahlia Scheindlin.

Avigdor Lieberman semble désormais refuser de soutenir les revendications des partis religieux ultraorthodoxes, importants alliés de la coalition de Netanyahou. Il milite ouvertement pour une société plus séculière, par exemple avec des règles moins strictes pour le shabbat comme le demandent les électeurs de son parti, en majorité des immigrants russophones.

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Les blocages des deux élections semblent se reproduire, mais la prudence est de mise. Le système électoral israélien fonctionne à la proportionnelle intégrale, c’est-à-dire que chaque parti se voit attribué au parlement le nombre exact de sièges relatifs au pourcentage de voix obtenu. «Par le passé, les résultats des élections ont démenti à plusieurs reprises les prévisions des sondages, prévient l’analyste Dahlia Scheindlin. La majorité absolue dépend de six ou sept sièges. Avec le jeu des alliances, quelques centaines de voix peuvent faire basculer la victoire dans le camp de Benny Gantz ou de Netanyahou.»