L’Assemblée générale de l’Organisation des Etats américains (OEA) a lancé mercredi à Washington un ultimatum, menaçant d’exclure le pays, si M. Zelaya n’était pas rétabli «dans les 72 heures». Le bras-de-fer entre les autorités honduriennes et la communauté internationale s’était durci la veille, quand l’ONU avait condamné le «coup d’Etat» et exigé le retour du président à son poste.

M. Zelaya, en visite dans la capitale américaine, a annoncé mercredi qu’il retardait son retour au Honduras, prévu initialement jeudi, après la résolution de l’OEA. «Etant donné les 72 heures réclamées par l’OEA, nous attendrons ce délai», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse retransmise sur la chaîne de télévision CNN. Le dirigeant déchu devait ensuite rencontrer un haut représentant du département d’Etat américain, mais aucun entretien avec le président Barack Obama n’est prévu, selon la Maison Blanche.

Les Etats-Unis ont toujours des installations militaires au Honduras, un pays pauvre de 7,5 millions d’habitants, utilisé comme base contre la guérilla en Amérique centrale dans les années 80. A Tegucigalpa, la capitale du Honduras, partisans et adversaires de M. Zelaya sont attendus par milliers mercredi pour des manifestations rivales qui, la veille, se sont dispersées sans incident malgré la tension. Une grenade a toutefois été lancée mardi soir par des inconnus, sans exploser, contre les locaux de la Cour suprême, à l’origine de l’expulsion de M. Zelaya.

Des affrontements entre ses partisans et l’armée dans la capitale avaient fait lundi 18 blessés chez les militaires, selon l’armée, et 276 parmi les manifestants, selon leurs organisations.

Le nouveau chef de l’Etat désigné, Roberto Micheletti, a répété qu’il n’y avait pas eu de «coup d’Etat» et le procureur général Luis Alberto Rubia a confirmé que M. Zelaya serait arrêté en cas de retour au Honduras, où il est poursuivi pour dix-huit crimes, dont «haute trahison» et «corruption». Le couvre-feu, qui devait être levé mardi, a été prolongé jusqu’à la fin de la semaine.

L’isolement du pays risque de s’aggraver, au-delà des vols commerciaux supprimés en raison du couvre-feu. La Banque mondiale coupe les lignes de crédit du Honduras, a annoncé la chaîne de télévision CNN. L’Union européenne (UE) a demandé mercredi à ses ambassadeurs au Honduras d’»éviter d’avoir des contacts avec le nouveau gouvernement», lors d’une réunion mercredi à Bruxelles. Les représentants des 27 ont néanmoins jugé «un peu tôt» pour décider d’un rappel coordonné de leurs diplomates, comme l’ont annoncé l’Espagne et la France.

Les pays d’Amérique centrale ont déjà décidé la suspension des relations commerciales et le rappel des ambassadeurs, à l’instar des gouvernements «gauchistes» de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), qui regroupe notamment le Venezuela, Cuba, le Nicaragua, la Bolivie ou l’Equateur.

Au pouvoir depuis 2006, M. Zelaya avait été destitué pour avoir tenté d’organiser une consultation populaire ouvrant la voie à une possible réélection, un scrutin jugé illégal par la Cour suprême et dénonçé par le Congrès où il ne disposait pas de majorité.

Le brutal virage à gauche de ce magnat de l’industrie forestière, après son élection fin 2005 comme candidat libéral, avait hérissé une partie de la société hondurienne conservatrice et rebuté jusqu’à son propre parti.