Asie

A Hongkong, les foules font plier le pouvoir

Face aux manifestations qui ne faiblissent pas, les autorités de Hongkong ont annoncé mercredi le report de l'examen en deuxième lecture du projet de loi controversé sur les extraditions vers la Chine

Les autorités hongkongaises ont reporté mercredi 12 juin l'examen d'un projet de loi controversé visant à autoriser les extraditions vers la Chine. Des milliers de manifestants ont à nouveau bloqué plusieurs artères principales de la ville pour dire leur refus du texte.

Les protestataires, pour la plupart des jeunes gens, ont encerclé les bâtiments du gouvernement dans le centre de l'île de Hong Kong et paralysé la circulation pour exiger le retrait du projet soutenu par Pékin. Ils s'étaient mobilisés en vue de l'examen en deuxième lecture par le conseil législatif (Legco, Parlement) du projet de loi. Mais alors que les foules continuaient d'enfler, le président de cette assemblée dominée par les députés pro-Pékin a annoncé que les débats étaient reportés à une «date ultérieure».

Comme en écho à l'immense mouvement prodémocratie de l'automne 2014, qui avait paralysé des quartiers entiers de la mégapole pendant plus de deux mois, les manifestants ont envahi des voies principales de circulation du centre-ville. Certains protestataires arrachaient des pavés sur les trottoirs.

Un habitant sur sept dans la rue

Des policiers gardant le LegCo ont fait usage de gaz au poivre à l'encontre des manifestants, brandissant également des pancartes pour les avertir qu'ils étaient prêts à utiliser la force en cas d'assaut de la foule.

L'ancienne colonie britannique, haut lieu de la finance internationale, a été le théâtre dimanche de la plus importante manifestation jamais organisée depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Des foules immenses, estimées par les organisateurs à un million de personnes, ont exigé des autorités qu'elles renoncent à leur projet de loi soutenu par Pékin.

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Mais cette mobilisation spectaculaire dans une ville de sept millions d'habitants n'a pas fait bouger d'un pouce la chef du gouvernement local, Carrie Lam, qui a rejeté toute éventualité de retirer le projet de loi. Elle a également mis en garde l'opposition contre toute «action radicale».

Le texte a suscité les critiques de pays occidentaux ainsi qu'une levée de boucliers d'Hongkongais, qui redoutent une justice chinoise opaque et politisée. Ils pensent également que cette réforme nuira à l'image internationale et l'attractivité du territoire semi-autonome.

Commerces fermés

Au terme de l'accord de 1984 entre Londres et Pékin, qui a présidé à la rétrocession de 1997, Hongkong jouit d'une semi-autonomie et de libertés n'existant pas en Chine continentale et ce, en théorie, jusqu'en 2047.

L'ex-colonie britannique est cependant depuis une dizaine d'années le théâtre d'une forte agitation politique en raison de l'inquiétude engendrée par l'ingérence grandissante de Pékin dans ses affaires intérieures et par le sentiment que le fameux principe «un pays, deux systèmes» n'est plus respecté.

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Plus d'une centaine d'entreprises et de commerces ont annoncé leur fermeture mercredi en signe de solidarité avec les opposants au texte. Les principaux syndicats étudiants ont appelé au boycott des cours pour permettre aux élèves de participer à la protestation.

Plus de 1600 employés de compagnies aériennes ont signé une pétition demandant à leur syndicat de se mettre en grève. Un syndicat de chauffeurs de bus a invité de son côté ses membres à conduire très lentement pour marquer leur soutien aux manifestants.

Grèves rares

Des enseignants, infirmières et travailleurs sociaux ont également fait part de leur volonté de cesser le travail dans ce territoire où les grèves sont rares. Dans la nuit, environ 2000 manifestants avaient organisé une veillée devant les bâtiments du gouvernement, chantant pour certains des hymnes. Pendant toute la soirée de mardi, les policiers avaient inondé le quartier, arrêtant de nombreux jeunes qui arrivaient sur les lieux pour les fouiller.

Le projet de loi doit permettre les extraditions vers toutes les juridictions avec lesquelles aucun accord bilatéral n'existe, y compris la Chine continentale. Un vote final sur le texte était attendu le 20 juin. Le projet, disent les autorités, doit combler un vide juridique et faire que la ville ne soit plus un asile pour certains criminels. Elles assurent que des garde-fous existent en matière de droits de l'homme et qu'il ne visera pas les opposants politiques à la Chine.

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