Asie

Hongkong: l'autre vision des médias pro-Pékin

«Sauvages», «barbares», «terroristes»: le vocabulaire utilisé par les médias chinois pour décrire les manifestants hongkongais se distingue des médias occidentaux. Revue de presse pour mieux saisir l'importance du choix des mots

«Emeutiers» plutôt que «manifestants pro-démocratie». Les médias contrôlés par Pékin ont une lecture bien spécifique de l'agitation qui dure depuis cinq mois dans l'ex-colonie britannique. Loin des revendications démocratiques des manifestants, les médias continentaux insistent sur les violences des militants radicaux, comme celui qui a aspergé d'essence un homme lundi avant de mettre le feu à ses vêtements. «La cruauté et la démence montrées par les émeutiers révèlent qu'ils sont devenus des fous assoiffés de sang», dénonce vendredi le quotidien de langue anglaise China Daily.

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Eviter une éventuelle contagion

«La violence à Hongkong a pris de l'ampleur et devient une manifestation de l'extrême droite contre la démocratie, la liberté et les droits de l'homme», estimait jeudi le Quotidien du Peuple, principal organe du Parti communiste au pouvoir. Via les médias, l'objectif du régime communiste est de mettre en garde sa propre population contre la tentation d'imiter les manifestants hongkongais, estime le sinologue Michel Bonnin, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris.

«Le principal souci du gouvernement chinois a été d'éviter une éventuelle contagion. Comme souvent, il a caché la situation tant qu'il a pu, puis quand ce n'était plus possible, il a démonisé le mouvement, en prétendant ne voir que des émeutiers indépendantistes manipulés par les forces hostiles étrangères», déclare-t-il à l'AFP.

La couverture des troubles occulte les centaines de milliers de manifestants pacifiques pour se concentrer sur les violences des plus radicaux. Le coup de feu tiré lundi par un policier sur un contestataire est justifié ainsi par le Global Times, quotidien de langue anglaise: «attaquer et menacer la police dans l'exercice du maintien de l'ordre est lourd de risques, y compris celui d'être abattu sur le champ».

La situation en début de semaine: Hongkong s’enfonce dans la spirale de la violence

Si les médias dénoncent les violences, ces dernières sont paradoxalement absentes en images, que ce soit à la télévision ou dans les journaux. Explication: les menaces répétées du pouvoir n'ont aucun effet sur les manifestants qui continuent à défier Pékin depuis cinq mois – au risque d'une «perte de face» pour le régime, comme l'analyse Michel Bonnin.

Des manifestants manipulés depuis l'Occident

En juin, au lendemain d'une manifestation géante qui avait réuni 2 millions de personnes selon les organisateurs, le China Daily préférait se faire l'écho, photo à l'appui, du rassemblement d'une centaine de sympathisants devant le consulat des Etats-Unis pour protester contre le soutien présumé de Washington aux contestataires.

La propagande de Pékin martèle que les manifestants sont manipulés depuis l'Occident. Objectif supposé de cette «main noire»: déclencher à Hongkong une «révolution de couleur», comme celles qui ont ébranlé le monde arabe à partir de 2011, et détacher à nouveau le territoire du reste de la Chine. Les médias insistent sur les cas de la Libye et de la Syrie pour démontrer que ces révolutions dégénèrent en guerres civiles – justifiant a contrario le maintien d'un système autoritaire en Chine.

Pour aller plus loin: Le parti qui contrôlait tout

La télévision nationale se garde de donner la parole aux contestataires mais l'accorde à des citoyens qui se plaignent de la gêne pour leur vie quotidienne. «Les affaires vont mal», déclarait ainsi jeudi une Hongkongaise sur la chaîne nationale CCTV. Les manifestants «bloquent les rues, les véhicules ne peuvent pas circuler. Aujourd'hui, j'ai pris le métro (...), j'ai mis plus d'une heure pour faire deux stations». «Nous espérons que le gouvernement va mettre fin aux violences, que la vie reprenne son cours, en sécurité et paisiblement», déclarait une autre habitante.

L’argument de la situation économique

Les journaux insistent aussi sur l'affaiblissement de l'économie hongkongaise, désormais en récession. Le Global Times rappelait mercredi que «le théâtre des émeutes n'est qu'à courte distance de la caserne de la police militaire à Shenzhen (la ville continentale la plus proche de Hongkong) et encore plus proche de la garnison de l'Armée populaire de libération à Hongkong».

L'armée chinoise, qui dispose d'une garnison à Hongkong, peut intervenir dans le territoire à la demande des autorités locales. «Comme elle est bien conditionnée par la propagande nationaliste», la population chinoise «ne pourra qu'être satisfaite en cas de répression directe par l'armée chinoise», suppose Michel Bonnin.


En vidéo: A Hongkong, l'escalade de la violence


 

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