Contestation

Hongkong dans l’impasse de la violence

La métropole chinoise a connu l'un de ses week-ends les plus violents depuis le début des manifestations. Les méthodes policières catalysent la défiance et la radicalité d’une partie des manifestants

Hongkong vient de vivre un nouveau week-end de heurts, parmi les plus durs depuis le début de la crise en juin. Et les tensions pourraient se prolonger ce lundi avec un appel à la grève dans les écoles, ce qui laisse planer un sérieux doute sur la capacité du gouvernement local à endiguer la contestation et à ramener le calme au sein de la troisième place financière mondiale.

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L’aéroport international de Hongkong, l’un des plus fréquentés au monde, a de nouveau pris des airs de camps retranché dimanche, comme en août, avec des centaines de manifestants antigouvernementaux abrités derrière des chariots empilés, des colonnes de policiers et des passagers contraints de quitter les lieux à pied, les lignes de bus ou de métro ayant été coupées. Hormis ces «accès sérieusement entravés», l’autorité aéroportuaire n’avait pas annoncé dimanche soir d’autres perturbations ni d’annulation de vols. Les passagers au départ étaient seulement invités à se présenter très en avance à l’aéroport.

Manifestants poursuivis parmi les passagers

Ces nouveaux blocages ont fait suite à des violents affrontements la veille lors de multiples rassemblements illégaux dans divers quartiers du territoire chinois semi-autonome. La police avait prévenu qu’elle ne tolérerait aucune violence. Pas moins de 40 interpellations ont eu lieu lors d'une même intervention à Prince Edward, dans les quartiers populaires de Kowloon. Des vidéos montrent des policiers poursuivant des manifestants dans la station même au milieu des passagers, et en frappant certains avec des matraques dans la rame.

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«Quand l’injustice devient loi, la résistance devient un devoir», disait en réponse une pancarte tendue dimanche par une manifestante lors d’un regroupement devant le Consulat britannique où flottaient des dizaines de drapeaux de l’époque coloniale.

Des opposants moins nombreux mais déterminés

Déjà près de 1000 personnes ont été arrêtées depuis juin. Et alors que la police indiquait fin juillet avoir dans son viseur environ 700 éléments radicaux, les violences du week-end ont prouvé que, malgré les arrestations, d’autres opposants ont pris leur place, déterminés à réclamer l’abandon du projet de loi sur l’extradition et des réformes démocratiques.

Bien que le nombre de manifestants – jusqu’à 2 millions dans les rues selon les organisateurs le 16 juin, 1,7 million le 18 août – s’est réduit à des centaines de milliers, les opposants ont affiné leurs actions et mis l’accent sur des cibles stratégiques. L’identité des manifestants reste bien dissimulée, mais les analystes s’accordent à dire que les étudiants, ainsi que les lycéens, représentent le gros des troupes et le principal défi pour le Parti communiste chinois depuis 1997.

Le bras de fer entre les autorités et les 15-30 ans (qui représentent 15,6% de la population de Hongkong) pourrait s’intensifier avec l’appel au boycott des classes lancé entre autres par le jeune parti Demosisto et une alliance d’étudiants. Une dizaine d’universités pourraient être touchées ainsi qu’une cinquantaine de lycées, selon des organisateurs. Si beaucoup de jeunes disent vouloir participer, l’ultra-compétitivité du système scolaire hongkongais est cependant susceptible de pousser un certain nombre d’entre eux à se concentrer sur leurs études et à se démobiliser de la contestation.

Un autre point pourrait jouer en la faveur du gouvernement: la multiplication d’actes violents de la part de manifestants excédés de ne pas voir leurs revendications entendues. Une évolution qui pourrait réduire le crédit du mouvement auprès de la majorité silencieuse.

Baisse de popularité historique de l’exécutif

Mais dans le même temps, les tactiques du gouvernement local le desservent et la cheffe de l’exécutif Carrie Lam enregistre un taux historiquement bas de popularité (17%). Les méthodes de plus en plus brutales de la police ne rassurent pas, et l’hypothétique renfort de la police paramilitaire chinoise non plus. Même si ces allégations sur une intervention de Pékin ne sont pas confirmées, la nécessité de Carrie Lam de chercher des soutiens auprès du gouvernement central minent durablement sa réputation et la confiance dans la capacité de Hongkong à préserver ses systèmes financier, économique, judiciaire et ses libertés fondamentales propres, garantis jusqu’en 2047 en théorie.

«Le gouvernement de Hongkong envoie tous les mauvais signaux. Impossible d’accomplir le moindre dialogue significatif quand dans le même temps vous arrêtez des manifestants en masse. Ce n’est pas l’Etat de droit», commente sur Twitter Kristian Odebjer, président de la Chambre de commerce suédoise à Hongkong.

Des rumeurs enflent ces derniers jours sur un possible recours par le gouvernement local à des lois d’urgence assorties de restrictions d’accès à internet. De quoi alimenter un peu plus la crainte chez les investisseurs, les touristes et les consommateurs alors que les dégâts se font déjà ressentir. Selon des chiffres de la distribution communiqués vendredi par le gouvernement, les centres commerciaux se vident, et les ventes de montres et bijoux ont dégringolé de 24,4% en juillet, les médicaments et les cosmétiques 16,1%.

«Le gouvernement devrait écarter immédiatement» le projet de lois d’urgence, commente Kristian Odebjer, «ce serait un coup aussi «nucléaire» qu’une intervention de l’APL (l’Armée populaire de libération, ndlr). Il ne semble pas réaliser que notre société est une construction fragile construite sur la confiance. Si vous retirez la confiance, tout peut s’effriter très rapidement».

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