L'Union européenne (UE) et les Etats-Unis ont dénoncé, jeudi, la réforme du système électoral de Hongkong imposée par la Chine. Ignorant les avertissements des capitales occidentales, les quelque 3000 députés de l'Assemblée nationale populaire (ANP) ont, sans surprise, approuvé un «projet de décision sur l'amélioration du système électoral» dans cette ex-colonie britannique. Il donnera au pouvoir un droit de veto sur les candidats de l'opposition militant pour la démocratie aux élections législatives.

A la suite du vote de jeudi, le comité permanent de l'ANP devrait être chargé de rédiger un projet de loi qui sera officiellement approuvé par le Parlement chinois avant d'être imposé à Hongkong. Le texte n'a pas été publié, mais l'agence de presse Chine nouvelle a expliqué qu'il consisterait à accroître le rôle du «comité électoral» hongkongais, un organe soumis à Pékin qui désigne déjà directement la moitié des députés du Conseil législatif. Le comité électoral, qui aura 1500 membres contre 1200 actuellement, sera habilité à sélectionner les candidats autorisés à se présenter au volet démocratique du scrutin, selon l'agence de presse officielle.

Le régime chinois présente cette réforme comme un deuxième «coup de poing» après la loi sur la sécurité nationale qui a mis fin l’an dernier au «chaos» dans l’ex-colonie britannique. La Chine ne fera «aucune concession» sur ce projet, a déclaré devant la presse un haut responsable du régime communiste.

Honnie par l'opposition, la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, a salué le vote des députés chinois, qu'elle a remerciés «du fond du coeur».

Des mesures supplémentaires envisagées par l'UE

«La décision prise aujourd'hui constitue une nouvelle violation du principe "un pays, deux systèmes" (...) L'Union européenne envisagera de prendre des mesures supplémentaires», a averti Josep Borrell, le chef de la diplomatie, dans cette déclaration publiée au nom des 27 membres de l'UE.

Cette décision «aura un impact significatif sur la responsabilité démocratique et le pluralisme politique à Hongkong», dénonce l'UE qui «appelle les autorités chinoises et hongkongaises à rétablir la confiance dans le processus démocratique de Hongkong et à mettre fin à la persécution de ceux qui défendent les valeurs démocratiques».

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«A la lumière de cette toute récente décision, l'Union européenne envisagera de prendre des mesures supplémentaires et accordera une attention accrue à la situation à Hongkong dans le cadre des relations globales entre l'Union européenne et la Chine», précise la déclaration.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE se réunissent le 22 mars pour préparer le sommet européen des 25 et 26 mars au cours duquel les dirigeants européens doivent arrêter leur stratégie vis-à-vis de la Chine. L'UE tente en vain depuis des mois de peser pour contraindre Pékin à respecter le principe «un pays deux systèmes» et faire cesser la répression contre l'opposition pro-démocratie à Hongkong. Les Européens ont limité les exportations d'équipements utilisables pour la surveillance et la répression et ont adopté une série de mesures pour aider la société civile. L'impact de ces mesures a été évalué lors d'une réunion le 22 février et de nouvelles dispositions ont été examinées face à la dégradation de la situation, avait annoncé Josep Borrell.

Washington appelle les autorités à tenir les élections prévues en septembre

Les Etats-Unis ont également condamné les «attaques persistantes» de la Chine «contre les institutions démocratiques de Hongkong». Cette réforme est «une attaque directe contre l'autonomie promise au peuple de Hongkong», a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans un communiqué.

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«Ces actes privent les Hongkongais d'avoir leur mot à dire sur leur propre gouvernance en limitant la participation politique, en réduisant la représentation démocratique et en étouffant le débat politique», a-t-il ajouté.

Il a appelé les autorités de Pékin et de Hongkong à tenir les élections prévues en septembre du Conseil législatif du territoire en assurant «de manière transparente et crédible» la participation de «tous les candidats».

Antony Blinken a de nouveau réclamé que toutes les personnes inculpées dans le cadre de la loi controversée sur la sécurité nationale imposée par la Chine à l'ex-colonie britannique soient blanchies et libérées.