Arrêté lundi lors d'une opération de police visant d'autres voix critiques envers Pékin et libéré sous caution mardi soir, Jimmy Lai est ressorti du commissariat de police vers minuit (18H00, heure suisse) au milieu d'une foule de partisans, a constaté un journaliste de l'Agence France Presse (AFP).

Richissime magnat de la presse âgé de 71 ans, propriétaire du tabloïd prodémocratie Apple Daily, Jimmy Lai faisait partie des 10 personnes interpellées lundi dans un vaste coup de filet contre la mouvance prodémocratie, avant qu'environ 200 policiers ne perquisitionnent la salle de rédaction de son journal, très critique envers Pékin. Une initiative saluée par Pékin, qui l'a présenté comme «un fauteur de troubles antichinois» ayant conspiré avec des étrangers pour «provoquer le chaos».

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L'Apple Daily s'est vendu comme des petits pains mardi à Hong Kong, illustration du soutien de la population à son propriétaire et nouveau signe de la popularité de l'opposition dans l'ex-colonie britannique. Le tabloïd, qui avait anticipé cette demande, avait exceptionnellement prévu 550 000 exemplaires, contre 70 000 en temps normal.

«Nous nous battrons», proclame en Une l'Apple Daily mardi, une promesse écrite en rouge vif sur une photo pleine page de Jimmy Lai encadré par des policiers. Son arrestation a provoqué une vague d'achat d'actions de son groupe de presse Next Digital. Entre lundi matin et la clôture de la Bourse mardi soir, le titre a pris plus de 1100%.

Les signes d'une reprise en main musclée de la région semi-autonome de Hongkong se sont multipliés depuis que Pékin lui a imposé en juin une loi sur la sécurité nationale très répressive, comme une réponse aux mois de contestation sans précédent en 2019, lorsque des millions de personnes descendaient dans la rue.

La liberté de la presse menacée

Signe de l'inquiétude ambiante face à la nouvelle loi sécuritaire, de moins en moins de Hongkongais acceptent de décliner leur identité. Un restaurateur du quartier populaire de Mongkok a ainsi acheté une cinquantaine de copies de l'Apple Daily, expliquant qu'il comptait les distribuer gratuitement à ses clients. «Comme le gouvernement ne veut pas que l'Apple Daily survive, nous autres Hongkongais devons le sauver nous-mêmes», a expliqué l'homme disant s'appeler Ng.

Les arrestations et la perquisition ont été condamnées comme des atteintes «sans précédent» à la liberté de la presse, dont Hongkong était naguère une place forte, des atteintes qui étaient inimaginables il y a encore quelques mois. «La police combat désormais de façon ouverte la liberté de la presse. Je suis très en colère», a dénoncé à Mongkok une femme se faisant appeler Chan, qui a acheté 16 exemplaires du journal.

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Considérée comme une réponse de Pékin aux mois de manifestations en faveur de la démocratie qui avaient ébranlé Hongkong en 2019, la loi sur la sécurité nationale imposée le 30 juin donne aux autorités locales de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l'Etat: la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des puissances étrangères.

Nombre de militants pour la démocratie dénoncent un texte liberticide qui veut en finir selon eux avec le principe «Un pays, deux systèmes» établi lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, qui garantissait jusqu'en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine. Ils s'inquiètent en outre du fait que Pékin utilise des lois similaires pour museler la contestation ailleurs sur son territoire.

Des responsables américaines sanctionnés

Plusieurs dirigeants étrangers ont fait part de leur préoccupation quant à ce nouveau coup de filet, parmi lesquels le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, que Jimmy Lai avait rencontré l'année dernière, et qui a vu dans son arrestation une «preuve supplémentaire que le Parti communiste chinois a éviscéré les libertés de Hongkong et les droits de son peuple».

La police a accusé, lors d'un point presse lundi soir, les personnes arrêtées d'avoir par le passé participé à un groupe qui avait fait pression pour que des sanctions soient imposées à Hongkong. «Ce groupe était encore actif après l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité», a expliqué Li Kwai-wah, un haut responsable de la police.

Lundi, Pékin a annoncé des sanctions à l'encontre de 11 responsables américains, dont les sénateurs Marco Rubio et Ted Cruz, en représailles à des mesures similaires prises vendredi par Washington contre des responsables chinois accusés de saper l'autonomie de Hongkong, dont la cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam.