Chine

A Hongkong, Pékin adoucit sa voix mais pas sa politique

Zhang Dejiang, le numéro trois chinois, est en visite d’Etat dans l’ancienne colonie britannique. Il a cherché l’apaisement, mais n’a pas annoncé de nouvelle réforme démocratique

Plus de 6000 hommes déployés, dont des forces antiterroristes et les «tigres volants», des commandos d’élite. Des drones en l’air. Des barrières de sécurité haute de deux mètres. Dans le quartier de Wan Chai, à Hongkong, le dispositif sécuritaire mis en place pour les trois jours de visite de Zhang Dejiang, le numéro trois chinois, laissait croire que de nouvelles manifestations violentes allaient éclater.

Quelques activistes ont bien réussi à brièvement accrocher ici ou là des banderoles jaunes appelant à la démocratie. Cependant, seuls quelques centaines de manifestants sont venues faire entendre leur voir au président de l’Assemblée populaire nationale, sans pouvoir l’approcher. Les premiers mots de Zhang Dejiang, sitôt arrivés mardi, tout comme les discours qu’il a tenus mercredi n’ont pas été de nature à alimenter les tensions politiques avec Hongkong. Faisant preuve d’ouverture, Zhang Dejiang a en outre rencontré plusieurs représentants de l’opposition au Legco, le parlement de Hongkong.

Ces parlementaires démocrates ont pu lui dire qu’ils ne veulent pas que Pékin reconduise l’actuel chef de l’exécutif, CY Leung, au terme de son mandat début 2017. Il lui impute une mauvaise gouvernance de la région et les difficultés économiques et politiques actuelles. De plus, ils ont appelé à une relance de la réforme démocratique après l’échec l’an dernier du projet de Pékin, à la suite du mouvement des parapluies. «J’ai été un peu surprise qu’il reste avec nous plus longtemps que prévu. Cela a prouvé sa volonté de dialoguer», a observé Emily Lau, président du Parti démocratique à l’issue de la rencontre. Son collègue du Parti civique, Alan Leong, s’est cependant montré réservé sur le résultat que produira cette visite.

Spécialiste de la Chine, Jean-Pierre Cabestan reconnaît que «le ton a changé». Cependant, avertit le professeur à l’Université baptiste de Hongkong, «la politique reste la même. La volonté de contrôler Hongkong ne change pas. Une photographie officielle de la visite le montre de manière symbolique. Zhang Dejiang et les responsables du bureau de liaison de Hongkong, l’organe qui représente Pékin ici, sont placés devant, au même niveau que les membres du gouvernement hongkongais. Cela signale bien que Pékin est aux commandes». Et de relever encore que «le déploiement de sécurité, dont l’ampleur frise le ridicule, témoigne des côtés paranoïaques du gouvernement chinois. En cela, il constitue une mauvaise opération de relations publiques pour Pékin».

Ces derniers mois, plusieurs dossiers ont alimenté les tensions entre Hong Kong et la capitale chinoise. L’affaire des libraires disparus, en particulier, a renforcé les craintes d’une partie croissante de la population que leurs valeurs fondamentales, comme la liberté d’expression, sont en danger. En réaction, plusieurs groupes politiques se sont constitués, réclamant l’indépendance de Hongkong après 2047, l’année qui marque la fin de la période de transition entre l’ère britannique et la rétrocession à la «mère patrie».

Dans un discours prononcé mercredi soir lors d’un dîner, Zhang Dejiang a critiqué ces mouvements indépendantistes, qu’il a qualifiés de «sécessionnistes» et jugés en contradiction avec le principe «un pays, deux systèmes». Cependant, il a estimé qu’il ne s’agissait que de «petits groupes». Surtout, s’il a reconnu que si des problèmes existent bien, ils sont surmontables. Hongkong pourra donc, selon lui, préserver son identité.

Plus tôt dans la journée, le responsable chinois avait agité la carotte de la nouvelle route de la soie, ce vaste projet qui vise à développer les infrastructures maritimes et routières dans les pays parcourus par ce chemin commercial ancestral. Un projet dont profiterait Hongkong. «Nous n’avons que faire de sa route de la soie! Ce que nous voulons, c’est maintenir nos libertés», s’exclamait hier soir ce retraité de l’aéronautique, un des rares manifestants à s’être mobilisés.

Publicité