Sur le banc des accusés, des visages emblématiques: le patron de presse Jimmy Lai, 73 ans, l’avocat de renom Martin Lee, 82 ans, et d’autres éminents défenseurs des libertés promises à l’ex-colonie britannique lors de sa rétrocession en 1997. Jugés depuis le 16 février pour leur rôle supposé dans la manifestation anti-régime et pacifique du 18 août 2019 à Hongkong, à laquelle plus d’un million et demi de personnes avaient participé, ils risquent jusqu’à 5 ans de prison. Alors que la machine judiciaire broie les dernières voix d’opposants encore audibles, résidents et entreprises s’interrogent sur l’attractivité de la mégapole à l’autonomie évaporée.

Les jeunes fuient en masse

«Ils ciblent d’abord symboliquement les opposants. Mais ensuite, nous pourrons tous être ciblés par un procès prétexte de ce type», est persuadée Jean, architecte d’intérieur «déterminée à partir pour assurer un avenir libre à (sa) fille». Pour autant, la trentenaire ne se résout pas à franchir le cap et à laisser ses aïeux. «Tout départ sera définitif, soit parce qu’on m’interdira de revenir, soit parce que ce sera trop dangereux. La décision est donc terriblement lourde.» Elle l’est d’autant plus que Hongkong, sur le modèle de la Chine continentale, vient d’interdire à des binationaux de bénéficier d’une aide consulaire étrangère.