«Hongkong est-elle encore libre?» Telle était la question du scrutin organisé ce week-end par l’opposition en vue des élections législatives de septembre. Un scrutin qui a eu lieu essentiellement en ligne sur une application téléphonique conçue pour l’occasion et ultra-sécurisée pour éviter les cyberattaques. Dans un magasin de lingerie, un bureau d’entreprise ou un bus à impériale transformés pour la circonstance en bureaux de vote non officiels, près de 600 000 électeurs – sur les quelque 4,4 millions d’inscrits sur les listes électorales – ont exercé samedi et dimanche leur droit de vote, menacé selon l’opposition par la loi de sécurité nationale imposée par Pékin.

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«Je chéris cette possibilité de m’exprimer contre l’oppression du Parti communiste chinois malgré la peur» et malgré la recrudescence des contaminations de Covid-19, «car c’est sans doute la dernière occasion de le faire», témoigne une électrice de 63 ans de la file d’attente qui serpente au pied de tours HLM à Hang Hau, dans l’est de l’archipel. Les «tactiques du gouvernement pour dissuader les électeurs» ne l’ont pas arrêtée. Un ministre a notamment assimilé les primaires à une tentative de «subversion», l’un des quatre chefs d’accusation de la nouvelle loi, passibles de la prison à vie. La police a par ailleurs perquisitionné vendredi soir l’Institut de recherche sur l’opinion publique, coorganisateur des primaires.

Question de légitimité

«Si l’on s’en tient à la loi fondamentale de Hongkong, la démocratie et le débat d’idées ne sont pas illégaux, à moins que vous n’interprétiez la loi arbitrairement ou avec d’autres grilles de lecture», estime Benny Tai, coorganisateur des primaires. «Plus de gens se seront exprimés par ce vote, plus nous aurons de légitimité pour empêcher le gouvernement de faire quoi que ce soit aux candidats par la suite ou les disqualifier», poursuit le professeur de droit à l’origine du mouvement de désobéissance civile en 2014.

Beaucoup de protestataires craignent que le régime central ait désormais les coudées franches pour verrouiller les élections de septembre. Pékin est déjà intervenu dans les affaires politiques locales de la région censée jouir d’un haut degré d’autonomie jusqu’en 2047. En 2016, par exemple, après les législatives, le gouvernement central avait interprété la loi fondamentale et obtenu la disqualification de six députés pro-démocratie, dont deux partisans d’un divorce avec Pékin.

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En avril dernier, des officiels chinois s’en sont pris aux méthodes de filibustering autorisées par la loi fondamentale de HongKong et utilisées par l’opposition pour bloquer les budgets ou ralentir les projets de loi, des méthodes «subversives», selon eux. Le camp démocrate redoute donc aujourd’hui de vivre ses derniers instants.

«Ecraser les militants»

«Le système démocratique n’existe plus, car les affaires politiques sont directement contrôlées par Pékin dont le but ultime est le contrôle total de Hongkong», commente Willy Lam, chercheur à l’Université chinoise de Hongkong. Selon lui, le principe «Un pays, deux systèmes» promis à Hongkong lors de la rétrocession «est quasi mort» et Pékin «veut écraser les militants pro-démocratie». Cela lui permettrait de reprendre la main alors que le déficit de légitimité des autorités locales est criant.

Ces dernières ont perdu énormément de crédit depuis leur projet de loi d’extradition vers la Chine qui a embrasé la région au printemps 2019. Selon Willy Lam, la mise au pas du régime central consistera d’ici à septembre à «disqualifier les candidats forts afin que l’alliance démocrate ne puisse plus présenter que des candidats faibles et inexpérimentés» lors des législatives. De quoi affaiblir un système politique complexe qui garantit déjà une majorité au camp favorable à Pékin.