Ce fut une belle photo de famille jeudi dès la descente de l’avion. Une allée d’enfants et de drapeaux, un soleil radieux et Xi Jinping «très heureux» lançant au premier jour de sa visite dans le cadre de l’anniversaire de la rétrocession: «Hongkong a toujours eu une place dans mon cœur.» Les Hongkongais, eux, sont loin de tous porter la Chine dans leur cœur vingt ans après les retrouvailles avec la mère patrie. Ils lui reprochent notamment de ne pas remplir sa part du contrat et de rogner l’autonomie qui leur avait été promise.

Le 1er juillet 1997, le Royaume-Uni rétrocédait Hongkong à la Chine selon le fameux principe «un pays, deux systèmes», censé garantir jusqu’en 2047 des libertés locales inexistantes ailleurs en Chine. C’est, selon Xi Jinping, le meilleur arrangement institutionnel possible pour maintenir sur le long terme la prospérité et la stabilité, celui qui a permis «le voyage extraordinaire» accompli depuis deux décennies. Hongkong, hub financier international, contribua pour beaucoup à l’épopée qui a permis à la Chine de devenir la deuxième économie mondiale.

«Coûteux et inutile»

Tout a été mis en œuvre pour ne pas froisser Xi Jinping lors de sa venue de trois jours, sa première en tant que président. Hongkong était tirée à quatre épingles jeudi, arborant sur le parcours du convoi présidentiel des bannières aux couleurs de la Chine, lui souhaitant la bienvenue ou célébrant «le destin commun».

Interdiction a été faite de survoler le centre, de manifester comme voulait le faire un groupuscule indépendantiste ou de placarder des affiches aux abords du quartier où le président chinois est logé. Seules étaient autorisées dans la zone des bannières à la gloire de la Chine et des estrades pour accueillir des petits concerts écoutés par quelques inconditionnels du régime. Comme ce quinquagénaire qui, sous le couvert de l’anonymat, se dit «ravi de la visite du super président Xi». Une passante peste cependant contre cette visite qui génère des embouteillages. «C’est coûteux et inutile puisque Hongkong finira bientôt comme Shanghai, Shenzhen ou n’importe quelle ville chinoise. Elle n’a plus de spécificités.»

Un contexte tendu

Cette visite intervient dans un contexte tendu après de récentes interventions de Pékin dans les affaires locales. Le camp pro-démocratie a multiplié les actions coups de poing ces derniers jours. Et 26 manifestants ont été arrêtés mercredi soir pour «troubles à l’ordre public», dont deux figures du mouvement des parapluies qui avait paralysé la ville pendant de longues semaines en 2014. Très loin de Xi Jinping, une poignée de protestataires sont venus crier leur soutien aux gardés à vue devant un commissariat de l’est de l’île. «C’est un procès politique, déplore la députée Lau Siu-Lai. Les autorités font exprès de prolonger les procédures pour que ces militants ne mènent pas d’autres actions et n’assistent pas à la grande manifestation de samedi.»

L’enjeu est de réduire au silence les voix de plus en plus nombreuses, en particulier dans la jeune génération, qui s’élèvent pour réclamer plus d’autonomie, voire l’indépendance. Des tensions locales que Xi Jinping n’a pas mentionnées jeudi, préférant évoquer le futur, et souhaiter à l’ex-colonie britannique «un avenir plus lumineux». Pour montrer que l’avenir est à l’intégration avec la Chine, le président pourrait symboliquement se rendre samedi sur le chantier d’un gigantesque pont entre Hongkong, la Chine continentale et Macao.