A Hongkong, un geste envers les manifestants

Chine Le chef du gouvernement, Leung Chun-ying, refuse de démissionner

Mais il accepte d’ouvrir le dialogue

Il a fini par les entendre. Et va envoyer sa cheffe de secrétariat, Carrie Lam, à leur rencontre. Jeudi soir, un peu après 23 h 30 à Hong­kong, Leung Chun-ying a annoncé lors d’une conférence de presse accepter de dialoguer avec les étudiants. Le dialogue portera sur la mise en œuvre du suffrage universel en 2017, mais dans le strict cadre posé par Pékin. Enfin, le chef du gouvernement de Hongkong a écarté toute démission.

A Tamar Park, au cinquième jour consécutif de manifestations pour la démocratie, la tension montait depuis la fin de l’après-midi. Les étudiants avaient donné jusqu’à minuit à celui que l’on appelle fréquemment CY Leung pour quitter son poste. Sous peine d’occuper non seulement la rue, mais aussi des bâtiments du gouvernement. De fait, la foule cernait déjà le siège de l’exécutif, comme l’a reconnu un communiqué de la police dans la soirée. Qui a aussi admis avoir préparé des stocks de balles en caoutchouc. Le chef du gouvernement a pour sa part indiqué «tolérer les manifestations, pour autant que les manifestants ne chargent pas la police».

Lancé depuis plus de dix jours par les étudiants de Hongkong, le mouvement de désobéissance civile réclame le suffrage universel en 2017 pour choisir le futur «Chief Executive (CE)», le nom anglais donné au chef de l’exécutif. Fin août, Pékin a validé le principe, mais restreint le nombre de candidats à deux ou trois, selon un processus de présélection particulier. Deux modalités contestées par la rue, persuadée que le gouvernement chinois pourra, en réalité, choisir le futur CE.

CY Leung est intervenu alors que la mobilisation a pu donner hier des signes de fléchissement, même si aucune statistique n’est fournie. Outre la fatigue et la perturbation de la vie courante, telle la fermeture de nombreuses écoles, le retrait de la police, absente des rues depuis lundi, pourrait y contribuer. Car c’est son action jugée excessivement violente par la population, quelque 90 tirs de gaz lacrymogène dimanche sur les étudiants, qui a provoqué la marée humaine de Central à Causeway Bay et jusque sur le continent, à Mong Kok, un quartier de Kowloon. Redoutant aussi un essoufflement de leur mouvement, certains étudiants, comme Charles de la Hong­kong University, ont salué la tactique de leurs leaders qui «ont maintenu la pression sur CY et l’attention de la population».

Le chef de l’exécutif a cependant renvoyé la balle dans le camp des protestataires. D’autant qu’il a répondu à une de leurs demandes. La semaine passée, les étudiants avaient marché jusque chez lui pour lui parler des réformes, mais avaient trouvé porte close. Hier soir, à l’heure d’aller sous presse, ils préparaient encore leur réponse. Alors que les responsables d’Occupy Central saluaient l’initiative du gouvernement, même s’ils appelaient encore à la démission de CY. Le dialogue risque néanmoins d’être difficile. Carrie Lam, numéro deux du gouvernement, a été critiquée il y a dix jours. Elle avait décidé de prendre des vacances pendant la grève des étudiants.

Quant au départ de CY Leung, il n’était que rarement pris au sérieux. Hier, le président du Legco, le parlement de Hongkong, a déclaré à la radio publique que sa démission était «impossible», parce que jamais «Pékin ne l’accepterait». La veille, via le Quotidien du peuple, l’organe de presse du Parti communiste, le gouvernement central lui avait renouvelé sa «totale confiance» et avait précisé être «totalement satisfait» de sa conduite des affaires. Ajoutant que ce soutien continuerait donc alors que se déroulent à Hongkong «des activités illégales».

La situation préoccupe pourtant Pékin. En début de semaine, le South China Morning Post, quotidien de référence de langue anglaise à Hongkong, a publié un graphique montrant un quasi-quadruplement de la censure des termes #OccupyCentral, #police et même #Hongkong, sur le réseau social Weibo, le Twitter chinois.

La tension est aussi visible sur la scène internationale. En visite à Washington mercredi, le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a rappelé que les manifestations à Hongkong relevaient des «affaires intérieures de la Chine». Son homologue, John Kerry, lui a répondu que les Etats-Unis appelaient à la «retenue» et au «respect du droit des manifestants à exprimer leurs opinions de manière pacifique».

La police a admis avoir préparé des stocks de balles en caoutchouc