Les Hongkongais ont une nouvelle fois défié Pékin en élisant pas moins de cinq candidats favorables à l’indépendance de l’ex-colonie britannique revenue dans le giron chinois en 1997. Ce succès est légitimé par une participation sans précédent (58%) aux législatives locales avec une très forte mobilisation des jeunes. Et contrairement à ce que craignait le camp démocrate, cette victoire des «localistes» ne s’est pas réalisée à ses dépens puisque celui-ci conserve près d’un tiers des sièges, ce qui lui assure une minorité de blocage. «Nous devons être unis pour combattre le Parti communiste», a déclaré lundi Nathan Law, 23 ans, figure emblématique du changement générationnel en cours dans la région administrative spéciale régie sous le principe «un pays, deux systèmes».

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Pour le pouvoir chinois, le coup est rude. Alors que Xi Jinping accueillait ce week-end à Hangzhou un G20 devant attester du nouveau statut de la Chine en tant que leader de la gouvernance mondiale, son autorité était défiée dimanche dans les urnes hongkongaises. Un embarras qui s’est traduit lundi par une censure des médias sociaux et de la presse en ligne. Les résultats du vote hongkongais n’étaient ainsi pas accessibles. Ce n’est qu’en fin de journée que l’agence Chine nouvelle a publié une dépêche en forme de mise en garde. Un porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao du Conseil d’État rappelle que les déclarations publiques en faveur de l’indépendance sont illégales. «Nous nous opposerons fermement à toute activité en faveur de l’indépendance à l’intérieur ou à l’extérieur du parlement», est-il encore indiqué.

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Demande de référendum

Nathan Law était l’un des leaders étudiants du mouvement dit des Parapluies qui, en 2014, mobilisa des dizaines de milliers de Hongkongais contre un diktat de Pékin. Contrairement aux attentes des démocrates, le parti communiste avait alors décidé que le prochain chef de l’exécutif, dont le poste doit être renouvelé en 2017, serait désigné sur la base de trois candidatures triées au préalable par Pékin. On était loin d’un suffrage universel pourtant promis par l’acte de rétrocession à la Chine sans qu’un calendrier n’ait toutefois été précisé pour sa mise en œuvre. La campagne de protestation qui dura près d’un mois n'aboutit à aucun résultat, le pouvoir chinois demeurant inflexible sur la question de son contrôle politique.

Cette mobilisation citoyenne ayant échoué, va alors émerger un nouveau type de revendications favorables cette fois-ci à la souveraineté de l’ex-colonie. Cette radicalisation du discours s’accompagne d’un repli identitaire. Ce week-end, les indépendantistes les plus en vue ont été écartés du processus électoral pour non-respect de la loi. Mais de nouveaux mouvements comme Demosisto, créé par Nathan Law, finalement autorisés à se présenter, n’en demandent pas moins un référendum sur l’indépendance. C’est également le cas du parti Youngspiration dont deux candidats, Yau Wai-Ching, 25 ans, et Baggio Leung, 30 ans, font leur entrée au LegCo, le nom du parlement hongkongais.

Droit de veto maintenu

Ce parlement composé de 70 sièges à la particularité d’être soumis à divers régimes électoraux. Trente sièges sont ainsi réservés aux corporations qui sont sous l’influence des pouvoirs économiques chinois. Malgré ces limitations et une campagne d’intimidation orchestrée par Pékin, le camp démocrate – y compris les «localistes» – devrait s’assurer 27 sièges, soit plus d’un tiers du Parlement. Un résultat qui lui confère un droit de veto parlementaire et donc une garantie face aux velléités de Pékin pour revoir la constitution de Hong Kong et rogner les libertés de l’ex-colonie.

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Cette défaite pour Pékin, qui misait sur un affaiblissement de l’opposition, est toutefois tempérée par l’éparpillement des voix démocrates. Plusieurs figures historiques du mouvement ont été écartées au profit de candidats plus jeunes, mais sans doute moins prompts à des compromis pour faire bloc face aux pro-Pékin. C’est ce que soulignait dès lundi le South China Morning Post, grand quotidien anglophone de Hong Kong.

Il y a peu de chance par ailleurs que ce résultat en forme de désaveu pousse le pouvoir communiste à transiger sur la question d’une élection au suffrage universel. «Pékin sera très mécontent et il est très possible qu’il se serve de ce résultat pour resserrer encore plus durement l’étau sur Hong Kong», confie à l’AFP l’analyste politique Willy Lam. Un durcissement des fronts pourrait donc se dessiner.