Europe centrale

La Hongrie relance sa politique nataliste

Le gouvernement de Viktor Orban propose 32 000 euros d’aide au logement pour les couples voulant trois enfants

Fin 2015, lors du congrès de son parti, le Fidesz, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a fait de la relance de la natalité la priorité absolue de son gouvernement jusqu’aux législatives de 2018. En février, une nouvelle mesure incitative spectaculaire a été encadrée par plusieurs décrets. Les couples s’engageant à avoir trois enfants dans les dix prochaines années et les foyers en ayant déjà trois bénéficieront désormais de 10 millions de forints (35 700  francs) d’aide financière pour l’achat d’un logement neuf, ainsi que de 10 millions de forints de crédits à taux réduit. Ces sommes sont très importantes, dans un pays où le salaire minimum ne dépasse pas les 366 francs bruts par mois.

«On essaie de détruire les barrières qui se trouvent devant les jeunes, et le logement est l’une d’entre elles, explique Katalin Novak, la secrétaire d’Etat à la famille. Les études montrent qu’ils veulent plus d’enfants qu’ils n’en auront en réalité. Il s’agit également d’encourager la construction, trop faible.» Seuls 8000 programmes neufs sont sortis de terre en 2014. En cas de promesses non tenues, les couples sans justificatifs médicaux ne présentant pas d’excuse recevable seraient amenés à rembourser les subventions accordées avec des pénalités représentant jusqu’à cinq fois le taux d’intérêt tel qu’il est défini par le code civil.

«En Europe, notre pays est le seul avec l’Allemagne où, depuis trente-cinq ans, le nombre des décès a toujours dépassé celui des naissances», explique Zsuzsanna Makay, secrétaire scientifique à l’Institut hongrois de recherche démographique. Budapest consacre 4% de son PIB aux politiques favorisant la fécondité. Les familles ayant un ou deux mineurs à charge sont aidées. A partir de la troisième naissance, le système de réduction d’impôts et de cotisations sociales est très généreux. Et il existe déjà une batterie de mesures pour concilier emploi et garde d’enfants.

Comme ses voisins d’Europe centrale, la Hongrie peine malgré tout à inverser franchement la tendance. Actuellement, elle enregistre 126 000 décès par an pour seulement 90 000 naissances. Le pays est même passé sous la barre symbolique des 10  millions d’habitants (9,85  millions) en perdant 850 000 résidents depuis 1980. Le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,35 en 2013, contre 1,55 pour la moyenne européenne. Il a augmenté sensiblement, pour s’établir à 1,41 en 2015.

Un chiffre encore trop modeste, qui ne satisfait pas Viktor Orban. Depuis le début de la crise des migrants, la politique volontariste menée depuis 2010 par ce gouvernement conservateur apparaît aussi comme une réponse aux quotas de réfugiés, voulus par l’Union européenne. Lors d’un forum démographique international, organisé en novembre 2015 à Budapest, Maria Schmidt, une historienne proche du pouvoir, a estimé que le faible taux de fertilité d’une Europe «matérialiste» la préparait au «suicide» en la soumettant à une masse de «migrants musulmans» impossibles à intégrer et dont les deux tiers seraient constitués «d’hommes en âge d’effectuer leur service militaire».

Avant de fermer ses frontières, la Hongrie a enregistré 177 000 demandes d’asile en 2015, même si la grande majorité des personnes qui les ont déposées ont gagné depuis lors l’Allemagne, l’Autriche ou la Suède. Dans ce nouveau contexte, Jozsef Benda, chercheur en pédagogie, pousse Viktor Orban à assumer une politique intrusive.

Dépendant du gouvernement et en partie financé par des fonds européens, son Institut de recherche et de développement de l’enseignement œuvre à rechristianiser la société hongroise. Selon lui, entre 1948 et 1975, le taux d’emploi des femmes envoyées dans les usines par le régime communiste serait passé de 25% à 75%. Le placement massif en crèche des nourrissons dès la sixième semaine aurait détruit la culture de la famille traditionnelle. «Notre devoir est de réapprendre aux Hongrois à être parents», estime ce spécialiste de la natalité, pour qui les enfants «privés du contact de leur mère dans la première année n’ont pas pu trouver la confiance nécessaire pour se marier à leur tour et pour procréer».

Mais cette approche ne convainc pas tout le monde. «Quand j’entends parler les gens proches du pouvoir, j’ai l’impression d’être opprimée, explique Zsuzsanna Simon, une artiste âgée de 27 ans. On nie mon droit au libre arbitre. On tente de s’accaparer ma génération.» Pour protester, elle a posté en ligne une photo de son ventre sur lequel elle avait fait écrire: «J’accoucherai après le changement de gouvernement!»

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