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Le match opposant la Russie et l’Angleterre a marqué l’Euro 2016 pour les violences qui l’ont entouré. (AP Photo/Thanassis Stavrakis)
© Thanassis Stavrakis

Russie

Hooligan russe: «Nous sommes de vrais nationalistes»

Des centaines de Russes avaient tenu la dragée haute aux Anglais à Marseille en juin. Rencontre avec trois supporters qui attendent sereinement le Mondial de football de 2018

Ils ont offert une consolation face à l’effondrement de l’équipe nationale de football russe à l’Euro de juin-juillet dernier. L’ultra violence organisée des hooligans russes a pris de court la police française et les hooligans anglais au cours d’un spectacle dont se sont délectés les médias et les hommes politiques russes. «Ces gars défendent l’honneur de leur pays», n’a pas hésité à tweeter le vice-président du parlement Igor Lebedev. Même le président Vladimir Poutine n’a pu s’empêcher d’en tirer une certaine fierté: «Je ne comprends pas comment 200 de nos supporters ont pu battre plusieurs milliers d’Anglais», a-t-il déclaré, goguenard lors du forum économique de Saint-Pétersbourg.

Mais cette apparente symbiose est trompeuse. «Les médias européens écrivent que nous sommes l’armée de Poutine, c’est du grand n’importe quoi», s’exclame Roman, un brun trapu aux mains couvertes de tatouages et aux bras musclés. «La politique, je n’en ai rien à cirer. On est allé à Marseille dans l’idée qu’on pourrait peut-être donner une leçon aux Anglais, mais c’était largement improvisé. D’ailleurs, ce sont eux qui ont commencé», assure-t-il. A ses côtés, son copain Kolia, un grand gars un peu lourdaud, part dans un grand éclat rire «Ils étaient presque tous bourrés. Ils pensaient avoir le nombre et la force. Mais nous étions mieux organisés et surtout, nous savons nous battre», fanfaronne-t-il.

«Parafoot»

Roman et Kolia font tous deux partie d’une «firme» (un groupe de combattant) liée au club de foot moscovite TsSKA. «Pour rentrer dans Yaroslavka [le nom de la firme], il faut faire ses preuves», explique Roman, dont le visage porte des cicatrices caractéristiques. «Nous faisons du kickboxing en club et nous mettons régulièrement nos talents en pratique contre d’autres firmes», poursuit-il. «Nous [les Russes] sommes les meilleurs dans la rue parce que nous ne buvons pas, nous nous entraînons sérieusement et nous sommes sans pitié!»

Les deux jeunes hommes font partie de la sous-culture des hooligans, née au Royaume-Uni dans les années 1980, et qui en Russie porte le nom de okolofootball, qu’on pourrait traduire littéralement par le néologisme «parafoot». «Il y a trois sortes de supporters de foot», raconte Vadim Sidorov, un ancien de la firme Flint’s Crew, la quarantaine. «Il y a papa-maman-les-enfants qui vont au stade deux fois par an. Il y a les fanaty, qui suivent leur club partout, portent les couleurs ses couleurs, hurlent dans les stades, mettent l’ambiance. Et puis nous, qui assurons la sécurité, raconte-t-il de sa voix cassée. Chaque club a besoin de son armée pour être défendu contre les autres.»

Vadim Sidorov affirme que parafoot suit des règles strictes: «Les combats sont organisés à l’écart des stades et à parité. Chaque firme présente le même nombre de combattants. On n’attaque jamais des gens au hasard. Ce qui s’est passé à Marseille est le résultat de l’incompétence des policiers français.» Il assure que rien de tel ne se produira en Russie lorsqu’elle organisera les Coupe du monde de football en 2018. «Nos flics connaissent parfaitement le parafoot: le nom des firmes, leurs effectifs et leur hiérarchie. Ils n’hésiteront pas à coffrer tous ceux qui veulent fomenter des troubles.»

Trophée, rituel

Roman n’est pas tout à fait de cet avis. «C’est vrai que les flics nous pourchassent, mais je suis certain qu’on va bien s’amuser en 2018. On donnera rendez-vous aux Angliches dans un bois, comme on fait entre nous. Et on leur organisera une petite danse [baston] s’ils daignent venir.» Kolia exhibe un drapeau maculé du Manchester United qu’il affirme avoir saisi à des hooligans à Marseille. Publier sur les réseaux sociaux ses photographies avec un drapeau du club adverse à l’envers, en guise de trophée, est un rituel obligatoire. C’est la preuve de la victoire. «Au fond, la qualité du jeu [de football] n’est pas ce qui m’intéresse. Ce que j’aime vraiment, c’est la baston», concède Roman. «Nous [les Russes] sommes vraiment mauvais en foot. Notre championnat est truqué, les clubs appartiennent à des oligarques, les joueurs ne sont pas motivés ou alors ce sont des légionnaires [des étrangers], et ça, on n’en veut pas», rugit-il.

Roman et Kolia ne cachent pas qu’ils sont racistes. Kolia porte un tatouage ressemblant vaguement à une croix gammée et qu’il décrit comme un «soleil symbole de la fratrie slave». Finalement, la politique n’est jamais très loin. «Nous sommes des combattants, nous défendons notre territoire contre les Caucasiens. Ils sont trop nombreux à Moscou.» Et c’est sur ce point que les deux hooligans ont une dent contre le pouvoir. «Poutine n’est qu’un oligarque. Il ne protège pas la Russie. Les vrais nationalistes, c’est nous». De quoi rendre les policiers russes vraiment sympathiques.

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