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Le ministre de l'Intérieur allemand, Horst Seehofer, lors d'une réunion à Berlin, juin 2018.
© Adam Berry/Getty Images ©

Allemagne

Horst Seehofer, le Bavarois qui a pris l’Europe en otage

Le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer a lancé un ultimatum à Angela Merkel sur les questions migratoires, à la veille d'un sommet européen crucial sur le dossier

Horst Seehofer, le chef du parti chrétien social bavarois CSU pourrait se retrouver la semaine prochaine à la retraite. Le 1er juillet expire en effet l’ultimatum qu’il a adressé à Angela Merkel sur les questions migratoires, devenues le principal enjeu du sommet de l’Union européenne (UE) qui se tient aujourd’hui à Bruxelles. Si aucune solution européenne n’est trouvée à cette occasion, l’homme a promis de mobiliser la police fédérale, qui relève de ses compétences, pour renvoyer les migrants à la frontière. Opposée à cette «solution nationale», la chancelière n’aurait d’autre choix que de congédier son ministre, ce qui mettrait fin à sa majorité. Comme le dit le quotidien italien La Repubblica, «Horst Seehofer a pris l’Europe en otage».

Un ministre «bavarois»

Horst Seehofer, 69 ans la semaine prochaine, et Angela Merkel ne se sont jamais vraiment appréciés. Ils ont fait connaissance autour de la table des conseils des ministres d’Helmut Kohl. Elle était débutante au portefeuille de la Famille, lui ministre de la Santé. Tout oppose la froide physicienne et fille de pasteur de l’ex-RDA et le sanguin catholique autodidacte bavarois. Surtout depuis que fin août 2015, la chancelière a décidé d’ouvrir les frontières allemandes pour éviter une catastrophe humanitaire en Hongrie. Pendant deux ans, Horst Seehofer, alors ministre président de la Bavière, a dû supporter ce qu’il appelle «le règne de l’Etat de non-droit».

La débâcle de la CSU en Bavière, lors des législatives de septembre dernier, a provoqué un électrochoc dans le parti, qui redoute de perdre sa majorité absolue aux régionales du 14 octobre, face à la poussée du parti d’extrême droite AfD. Le développement de l’AfD? «Il est directement lié au fait que les partis traditionnels ont ignoré les craintes du peuple», tranche l’intéressé. Ses détracteurs l’accusent de jeter de l’huile sur le feu avec son discours anti-migrants.

Lorsqu’il parle du peuple, Horst Seehofer pense d’abord aux Bavarois. Son terrain de prédilection, ce sont les tentes à bière dressées dans les bourgades et les villages par la CSU pendant les campagnes électorales. Il troque alors volontiers son costume sombre pour une veste de loden. Et de fustiger ceux qui l’empêchent de «remettre de l’ordre» à Berlin. «Pour expulser 10 réfugiés afghans, il faut mobiliser 52 fonctionnaires de police… Viols, coups et blessures, que des crimes graves… Et pourtant, vous avez des gens qui manifestent contre leur expulsion!» Tonnerre d’applaudissements au-dessus des chopes de bière. «Berlin, aime-t-il à répéter, est une ville traditionnellement mixte. Mais le «multi-culti», ce n’est pas pour tout le pays!»

Un personnage «typisch»

De son propre aveu, le ministre de l’Intérieur et de la Patrie, qui avait choqué au début de son mandat en assurant que «l’islam ne fait pas partie de l’Allemagne», n’a mis les pieds qu’une fois à Neukölln, le quartier le plus cosmopolite de Berlin. C’était voici plus de vingt ans. Quand il va au restaurant, il commande des plats rustiques. Olives et autres ingrédients exotiques sont soigneusement mis à l’écart sur le bord de l’assiette. Affaibli par un accident cardiaque, il évite les déplacements à l’étranger, privilégiant pour ses loisirs l’agrandissement de son circuit de train électrique, dans la maison familiale.

Horst Seehofer a grandi à Ingolstadt dans un milieu strict et modeste. Son père est conducteur d’engin sur les chantiers. Sa mère gère la famille d’une poigne de fer. Elle le mène à 14 ans par la main au bureau de l’administration locale, où on le charge de transporter les dossiers d’un service à l’autre. «Toi aussi, tu pourrais faire ce que font le maire ou le chef d’arrondissement», se dit le jeune homme.

Un conflit risqué

En 1969, alors que la jeunesse de gauche manifeste dans les rues des grandes villes allemandes, Horst Seehofer entre au mouvement de jeunesse des chrétiens-démocrates. C’est le début d’une carrière politique exemplaire, malgré quelques accidents de parcours. Comme lorsque le tabloïd Bild-Zeitung révèle en 2007 la grossesse de son attachée parlementaire. Le scandale serait la cause de sa solide inimitié à l’encontre de Markus Söder, un rival plus jeune devenu ministre-président de la Bavière en début d’année. Seehofer est convaincu que Söder aurait livré le secret de sa liaison à la presse.

Dans son conflit avec Merkel – sa «voisine» comme il appelle celle dont il voit les jardins depuis la fenêtre de son bureau –, Horst Seehofer risque gros. Il pourrait dès lundi perdre le ministère taillé à la mesure de ses ambitions (8 secrétaires d’Etat, 2000 salariés, sans compter les 75 000 employés des 20 administrations sous ses ordres). Ceux qui le connaissent assurent qu’affaibli et en fin de carrière, il est prêt à jouer son va-tout pour sauver son image dans les livres d’histoire.

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