En 2011, l’Hôtel Grande-Bretagne, un palace cinq étoiles sur la place Syntagma à Athènes, a dû remplacer six fois les revêtements en marbre de son entrée, détruites par des casseurs en marge des manifestations anti-austérité, qui se sont multipliées en Grèce.

Datant de 1874 et avec une clientèle de haut niveau, cet hôtel situé près du parlement dans le centre de la capitale s’est trouvé depuis des décennies sur le front des évènements tumultueux, qui ont marqué l’histoire moderne grecque.

Il a vécu la transformation du petit royaume grec du XIXe siècle à une république au XXe siècle ainsi que toutes les grandes manifestations des Athéniens, de la libération de la ville après l’occupation nazie lors de la fin de la Seconde guerre mondiale à la chute de la dictature en 1974.

Ainsi, les manifestations massives anti-austérité depuis deux ans, dues à la crise de la dette qui frappe le pays, n’ont pas fait exception.

Cependant, les marches en marbre de l’hôtel gravies par des visiteurs comme Winston Churchill, Maria Callas ou Greta Garbo, sont devenues la cible numéro un des manifestants ces derniers mois, qui à coup de marteau les défoncent pour récupérer des pierres, projectiles utilisés contre les forces anti-émeutes.

Dans la vague des manifestations de cette année, l’hôtel a dû réparer six fois depuis janvier les revêtements de son entrée, affirme la direction de l’hôtel. «Les réparations ont coûté jusqu’ici plus de 500.000 euros (...) et ce n’est pas parce que nos assureurs sont idiots», explique Nikolaos Dandolos, directeur de gestion de la société Lampsa SA, responsable de l’hôtel.

«Le pire est la perte des revenus en raison de l’annulation des réservations des chambres ou des conférences. Notre chiffre d’affaires a chuté de 30% depuis 2009, nous allons passer de 40 millions d’euros à 24 millions cette année», précise-t-il.

En marge de la dernière manifestation à Athènes mardi, des jeunes cagoulés ont ramassé une bonne partie des marches pour les lancer ensuite contre les policiers.

«Certains manifestants étaient très jeunes, des enfants, leur chef ne devait avoir plus que 16 ans», souligne M. Dandolos. La moitié des 21 manifestants arrêtés mardi avaient moins de 17 ans, selon la police.

Répondant aux critiques des députés jeudi au parlement concernant les derniers incidents, le ministre de la Protection civile, Christos Papoutsis a indiqué qu’«il était mieux d’avoir des marches défoncées que des têtes cassées».

M. Dandolos estime que les dégâts provoqués par ces violences de routine, entraînent des millions d’euros de pertes de revenus aux entreprises de la capitale ainsi que des pertes de taxes pour l’Etat. «Quand des groupes de jeunes jettent des cocktails Molotov et la police répond en faisant usage des gaz lacrymogènes, le personnel à l’intérieur de l’hôtel travaille en portant des masques à gaz et nos clients mettent des serviettes sous les portes», avoue M. Dandolos.

«Tout cela est très fatiguant (...), l’Etat dépense des dizaines de millions d’euros pour faire la promotion de la Grèce comme destination touristique alors qu’on a au moins deux incidents de ce genre en moyenne chaque année», déplore-t-il.

Pour le moment, l’hôtel a remplacé les marches en marbre de l’entrée défoncées par des manifestants par des marches en bois.

«Je me demande s’il ne suffit que de les peindre en blanc (...) mais après tout, il faut maintenir un certain niveau, nous sommes un hôtel de luxe», dit-il.