États-Unis

A Houston, la crainte des pilleurs

Donald Trump s’est rendu au Texas mardi. Dans la métropole texane, qui doit faire face à des inondations sans précédent provoquées par la tempête «Harvey», la police a déjà arrêté des voleurs venus d’autres Etats 

Après le déluge, les pillages. Pendant que Donald Trump s’exprimait à Corpus Christi, petite ville toute proche de Houston qui a vu naître Farrah Fawcett et Eva Longoria, les habitants de la métropole texane avaient d’autres soucis en tête que d’analyser la pertinence des paroles présidentielles ou de critiquer les talons aiguilles de la First Lady, d’ailleurs rapidement troqués contre des baskets blanches.

«Certaines personnes refusent d’appeler les secours parce qu’elles ont peur de devoir être évacuées et de laisser leur maison à la merci des pilleurs», témoigne Alejandro Muñoz-Ledo, un habitant de Houston, entrepreneur actif dans les échanges économiques entre les Etats-Unis et le Mexique. Le Texas est touché par des inondations sans précédent depuis vendredi soir. 

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Après des pluies incessantes, Alejandro Muñoz-Ledo a réussi à se rendre, en camion, dans le supermarché le plus proche. Il raconte: «Il y avait une queue énorme. Les gens n’étaient autorisés à entrer que par petits groupes. Pour éviter les vols.» Après ce type de catastrophe naturelle, les scènes de pillage sont fréquentes. Cela a notamment été le cas après l’ouragan Katrina, en 2005. Préoccupée par la situation et le risque de chaos, la police de Houston a annoncé avoir arrêté plusieurs personnes. Le chef de la police Art Acevedo pointe du doigt des pilleurs «qui viennent d’autres Etats ou d’autres villes, pour créer des problèmes». Et d’avertir publiquement: «Si vous tentez de commettre un délit et en particulier de profiter de nos citoyens qui ont déjà suffisamment souffert aux mains de la météo, je peux vous assurer que vous serez arrêtés.»

On s’entraide tous. Les secours officiels ne sont pas assez nombreux. Mon voisin qui a un jet-ski a pu l’utiliser dans la rue pour venir en aide à des gens.

Alejandro Muñoz-Ledo

Alejandro Muñoz-Ledo n’a pour l’instant pas eu de dégâts dans sa maison. «Par contre j’habite tout près d’un des deux réservoirs qui menacent de craquer. Les militaires essaient de gérer la situation, mais si ça déborde massivement, ce sera dramatique. Des lâchers d’eau sont nécessaires pour soulager la pression.» Les réservoirs, à savoir les deux bassins de retenue Addicks et Barker, qui ont été construits dans les années 1930 précisément pour protéger la ville texane des inondations? Au moment de notre coup de fil, seuls quelques centimètres manquaient pour que le barrage d’Addicks, le plus menaçant, tout près de sa maison, ne déborde. Entre les habitants, le système D prévaut. «On s’entraide tous. Les secours officiels ne sont pas assez nombreux. Mon voisin qui a un jet-ski a pu l’utiliser dans la rue pour venir en aide à des gens.»

Un ordre d'évacuation

Mardi en milieu d’après-midi, le comté de Brazoria, au sud de Houston, a émis un ordre d’évacuation d’urgence. «La digue de Columbia Lakes a été percée!» ont annoncé les édiles locaux sur Twitter. «Partez immédiatement!» Des milliers d’habitants ont trouvé refuge dans des centres d’accueil d’urgence, d’autres continuent d’affluer. Le maire de Houston, Sylvester Turner, un démocrate, a refusé d’ordonner une évacuation préventive des habitants avant que l’ouragan devenu tempête ne s’abatte sur la ville, en rappelant ce qui s’était passé en 2015: plus d’une centaine de personnes étaient mortes quand les autorités avaient tenté de vider l’agglomération. A cela s’ajouterait, pour les policiers, le casse-tête de sécuriser l’ensemble des habitations.

L’agence fédérale des situations d’urgence (FEMA) annonce la présence de 8500 fonctionnaires fédéraux en renfort des autorités locales. Greg Abbott, le gouverneur du Texas, a décidé pour sa part de mobiliser la totalité des 12 000 soldats de la Garde nationale de son Etat. Le vice-président Mike Pence a confirmé que près de 500 000 Texans pourraient demander une aide financière. Féroce et avançant lentement, la tempête Harvey menace désormais la Louisiane voisine. 

La carte de la compassion

Pour ne pas perturber les opérations de secours avec l’important dispositif de sécurité que nécessite chacun de ses déplacements, Donald Trump a évité Houston. Après Corpus Christi, il a mis le cap sur Austin, bien décidé à redorer son image après les semaines catastrophiques qui viennent de s’écouler. Après ses propos sur le drame de Charlottesville qui ont déclenché une polémique nationale, il entend jouer la carte de la compassion et chercher à s’imposer en président rassembleur. Il compte revenir dans la région samedi. «C’est un grand test pour le président Trump», répétait en boucle CNN mardi. Pour les habitants des villes sinistrées, l’heure n’est pas à l’interprétation fine des gestes et paroles présidentiels. «Je crois que nous avons d’autres préoccupations…» lâche Alejandro Muñoz-Ledo.

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