Houston est littéralement à l’arrêt depuis vendredi soir. Bloquée, paralysée. Alors que la tempête tropicale Harvey continue de déverser ses flots sur la quatrième ville des Etats-Unis, les conséquences économiques du déluge s’annoncent déjà dévastatrices. Les dégâts pourraient se chiffrer en dizaines de milliards de dollars. L’industrie américaine du pétrole et du gaz est touchée en plein cœur. L’activité des raffineries – la région abrite près de la moitié des capacités de raffinage du pays – a été stoppée. Plusieurs plateformes implantées dans le golfe du Mexique ont été évacuées.

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Les leçons de «Katrina»

Aéroports bloqués, écoles, bureaux et hôpitaux fermés: c’est dans ce contexte de désolation que le président Donald Trump se rend ce mardi dans la région de Houston, fief démocrate dans un Etat républicain. Une réaction relativement rapide pour un président qui fait une rentrée politique agitée, après la polémique de Charlottesville et des limogeages en série dans son équipe. Pour lui, il s’agira d’un test grandeur nature. Des déclarations fortes sur place ne suffiront pas: c’est bien sa gestion de la catastrophe sur la durée qui sera déterminante pour sa crédibilité.

En 2005, George W. Bush avait été très critiqué pour n'avoir réagi que tardivement après la tempête Katrina, qui avait détruit des quartiers entiers de la Nouvelle-Orléans. La photo le montrant en train de regarder la zone sinistrée à travers un hublot d'Air Force One a marqué les esprits. Donald Trump devra choisir une mise en scène plus proche de la réalité du terrain et des inquiétudes des habitants. Il a commis un faux-pas vendredi soir. Alors que la situation était critique pour Houston et ses 2,3 millions d'habitants, il a monopolisé l'attention en accordant sa grâce au très controversé Joe Arpaio, «shérif le plus coriace des Etats-Unis» comme il aimait lui-même se qualifier. 

Katrina avait provoqué 1800 morts. Harvey n'est pour l'instant responsable que d'une poignée de décès. Mais son impact est déjà décrit comme le pire «jamais vu». Les crues n’ont jamais été aussi fortes depuis des siècles. Des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées, placées dans des abris provisoires. Et le pire reste à venir, selon les autorités américaines. Le pic des inondations pourrait être atteint mercredi ou jeudi.

«Il y a une grande solidarité et entraide»

«Nous avons commencé à nous préparer vendredi, ce qui est un peu tard, mais cet ouragan nous a pris par surprise. Les magasins étaient bondés, avec les rayons d’eau et de produits longue conservation dévalisés, commente Guillaume Duret, chercheur en biologie à l’Université de Rice, à Houston. La nuit de samedi à dimanche a été terrible. Pluies torrentielles non-stop, l’eau qui s’accumule dans la rue. Dimanche, nous avons eu moins de pluie, et avons attendu la vague suivante toute la journée. Nous sommes allés voir les dégâts dans le quartier. La nuit de dimanche à lundi a été moins intense.»

Le Français se dit privilégié: il habite un quartier situé un peu en hauteur. Il n’a pas eu d’infiltrations d’eau chez lui, pas de coupure de courant non plus – «un luxe!». «Mais nous restons cantonnés à notre rue. Nous avons déménagé chez nous les affaires importantes de quelques voisins vivant au rez-de-chaussée. Il y a une grande solidarité. On voit à la télévision des gens qui viennent de partout avec leurs bateaux et leurs barques pour aider à évacuer les quartiers inondés.»

13 millions de personnes touchées

La région s’y connaît en catastrophes naturelles et ouragans. Alicia et Rita, en 1983, puis la tempête tropicale Allison, en 2001, ont déversé leur colère sur Houston. Puis, il y a eu l’ouragan Ike, en 2008. La Louisiane est désormais aussi menacée. Donald Trump y a déclaré l’état d’urgence lundi. Il l’avait fait pour le Texas, vendredi. De quoi faciliter l’organisation des secours avec les autorités locales et débloquer plus rapidement des fonds pour la reconstruction. En tout, 13 millions de personnes pourraient ressentir les effets de la tempête.

Le républicain Greg Abbott, gouverneur du Texas, a déjà loué une réaction «remarquable» au niveau fédéral, assurant que toutes les demandes de l’Etat avaient été exaucées. Il mettra quelque 150 bateaux et 300 véhicules tout-terrain à disposition de Houston. Mais, déjà, des tensions avec le maire démocrate de la ville, Sylvester Turner, font leur apparition. Ce dernier n’a pas voulu ordonner d’évacuation préventive. Ce mardi, Donald Trump se rendra probablement dans la périphérie de Houston, histoire de ne pas bloquer les secours avec l’important dispositif de sécurité qui l’entoure.

Selon les météorologues, Harvey, passé du stade d’ouragan à celui de tempête tropicale, pourrait déverser en certains endroits l’équivalent d’une année de pluie au Texas (127 centimètres). Les images diffusées en boucle sur les chaînes de télévision démontrent l’ampleur de la catastrophe: rues transformées en torrents avec l’eau arrivant parfois à hauteur d’épaule, maisons détruites, voitures noyées, secours arrivés en masse.

«On n'aurait jamais pu imaginer»

Pourtant habitué aux caprices de Mère Nature, Brock Long, le directeur de l’Agence fédérale des situations d’urgence (FEMA), peine à trouver ses mots. «On n’aurait jamais pu imaginer de telles prévisions», a-t-il fait savoir lundi. Son agence a déployé 5000 fonctionnaires dans la région. Selon ses estimations, près de 450 000 personnes pourraient avoir besoin d’une aide fédérale.

Katrina, puis Sandy, qui a frappé la côte nord-est en 2012, sont pour l'heure les deux ouragans les plus coûteux de l'histoire des Etats-Unis, avec respectivement 150 et 71 milliards de dollars de dégâts. Selon Hannover Re, l'un des principaux réassureurs mondiaux, les pertes assurées étaient alors de 80, respectivement de 36 milliards de dollars. Celles provoquées par Harvey devraient rester bien en-dessous, prédit-il. Des experts ès catastrophes naturelles se montrent bien moins optimistes.