Il a une allure frêle et des petites lunettes de parfait élève. Hu Jia, 35 ans, est pourtant devenu l'un des porte-drapeaux de la liberté en Chine, sous le pseudonyme de Freeborn. Infatigable militant, il est l'un des hommes les plus haïs par le régime. Hu Jintao, le secrétaire du Parti communiste, l'a traité de «criminel» il y a quelques semaines. Jeudi, il a reçu le Prix Sakharov du Parlement européen, récompensant chaque année un défenseur de la liberté de penser (lire encadré).

Le jeune homme doit sans doute à sa famille d'être devenu le dissident le plus célèbre de son pays. Son oncle paternel est le premier à avoir eu maille à partir avec le Parti communiste. Accusé en 1955 d'être un «contre-révolutionnaire», il est condamné à 25 ans de travaux forcés. Deux ans plus tard, ses parents sont victimes de la campagne «anti-droitiers» lancée par Mao Zedong contre les intellectuels.

Ecologiste au départ

Agé de 15 ans en mai 1989, il assiste aux manifestations étudiantes et ouvrières sur la place Tiananmen, réprimées par les armes dans la nuit du 3 au 4 juin. Ces violences confirment son penchant pour le bouddhisme et la non-violence. S'il se lance dans des études de nouvelles technologies à l'école d'économie de Pékin, il est également bénévole pour la Croix-Rouge et a créé plusieurs ONG dans la défense de l'environnement, contre la désertification et pour la préservation d'espèces animales en danger. Hu Jia rencontre sa future femme Zeng Jinyan, de 11 ans sa cadette, au cours de ces pérégrinations.

Le militant est arrêté pour la première fois en 2002 dans la province du Henan pour avoir secouru des populations atteintes du Sida suite à un trafic impliquant des cadres du parti. Déterminé, il poursuit sa quête pour les libertés dans son pays. «Il existe aujourd'hui une possibilité d'apporter la démocratie à la Chine, pour la première fois en 5000 ans d'histoire, assure-t-il en 2007 à l'Agence France Presse. C'est pourquoi je me sens privilégié de vivre à cette époque, cela explique ce que je fais.»

Hu Jia organise des campagnes en faveur de la libération de prisonniers politiques et profite de l'apparition d'Internet et du téléphone portable pour se faire le porte-parole de nombreuses causes auprès des journalistes étrangers établis à Pékin. Cela lui vaut d'être assigné à domicile à partir d'avril 2004, dans un appartement situé dans une résidence de l'est pékinois et sinistrement appelée «Bobo Cité Liberté».

Il fait des allers-retours en prison, mais parvient à converser avec l'extérieur à travers son blog. En 2006, il est incarcéré pendant 41 jours. Sa santé se détériore, il développe une hépatite B, qui favorisera plus tard une cirrhose du foie. Qu'importe, le dissident multiplie les déclarations regrettant que les promesses officielles faites avant les Jeux olympiques ne soient pas tenues. Il est à nouveau incarcéré le 27 décembre 2007, accusé un mois plus tard «d'incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat». Le 3 avril 2008, il est condamné à trois ans et demi de prison. «Il ne laissera pas tomber les droits de l'homme», affirme sa femme sur son blog. Malgré les mauvais traitements dont il est l'objet en prison.