Une cinquantaine de camions militaires filent sur l'autoroute entre Chengdu, la capitale du Sichuan, et le nord-est de la province. Venus de la province voisine du Shandong, ils transportent du matériel mais majoritairement des hommes, entassés les uns sur les autres. Qu'importe ce relatif inconfort puisque la devise de ces soldats est «Tout pour le peuple!», comme l'indique une bannière accrochée au véhicule qui ouvre le convoi. Quelques kilomètres plus loin, des camions transportant du lait apparaissent à leur tour. Ils sont escortés par des voitures banalisées à travers les vitres desquelles dépassent des boîtes de biscuits et des bouteilles d'eau potable. Elles semblent conduites par des volontaires qui ont affiché sur leur portière leur volonté d'être «cœur à cœur, main dans la main» avec les habitants de la région touchée par le séisme.

Evolution du paysage

Alors que le gouvernement central organise une mobilisation nationale pour récolter de l'argent et montrer que la patrie peut vaincre à elle seule tous les dangers, les secours continuent à affluer. Le district de Wenchuan, l'épicentre du tremblement de terre, est le plus sévèrement touché. Au bord des routes provinciales en provenance de Chengdu, empruntées afin d'éviter les barrages de police autour des zones sinistrées, le paysage évolue de hameau en hameau. A 20 kilomètres de Huanwang, l'une des localités les plus touchées, les premiers toits effrités apparaissent. Quelques centaines de mètres plus loin, il n'en reste bientôt plus un seul intact. Les tentes se multiplient au fur et à mesure que les édifices effondrés se généralisent, et elles occupent bientôt tous les trottoirs. Un haut-parleur monté sur une camionnette enjoint les habitants à «résister, rester ensemble, unis pour surmonter la catastrophe».

Aucun bâtiment indemne

Une fois contourné à pied le barrage de police à l'entrée de Huanwang, la proximité de l'épicentre est confirmée: plus un bâtiment n'est indemne. «Les premiers secours sont arrivés cinq à six heures après la secousse initiale, explique les yeux rougis Monsieur Liu, 67ans. La municipalité n'a pas pu réagir avant car la mairie s'est effondrée et une vingtaine de fonctionnaires sont morts. La police armée du chef-lieu est arrivée la première. Mais ce n'est qu'après le passage mardi en début d'après-midi du premier ministre, Wen Jiabao, qu'une importante mobilisation s'est mise en place. Ce matin (ndlr: jeudi), des dizaines de camions de l'armée se sont rendus dans les montagnes où 20000 personnes seraient encore bloquées.»

Comme dans de nombreuses localités de la région, l'école n'a pas résisté au séisme. «J'étais en cours lorsque tout s'est mis à trembler, raconte un enfant, qui joue sous la tente de ses parents. Le toit s'est effondré ainsi que les ailes de l'école, mais pas le bâtiment central où j'étais. J'ai couru très vite et les professeurs ont fait sortir tout le monde.» La vie des quelque 600 personnes sur les 800 élèves et professeurs est due à la résistance miraculeuse d'un des deux poteaux centraux du rez-de-chaussée.

Selon une femme, à la colère contenue, d'autres personnes auraient pourtant pu être sauvées. «Les secours ont mis du temps à venir. Le premier jour, les sauveteurs déblayaient les gravats à main nue! Il n'y avait ni grue ni pelleteuse.» Il a fallu attendre les déclarations mardi du premier ministre Wen Jiabao - «même s'il n'y a qu'1% de chance de sauver des gens, il faut tout tenter» - pour que les sauveteurs arrivent avec tout le matériel nécessaire. «Auparavant, la municipalité n'avait pas demandé de secours», ajoute la femme. Chose tout aussi surprenante, les secouristes semblent n'avoir jamais utilisé de chiens pour retrouver des survivants.

«En nombre suffisant»

Dans la cour de l'école maternelle voisine, un infirmier affirme pourtant être arrivé «dès lundi soir. L'hôpital de la ville de Nanchong, où je travaille, a envoyé 12 ambulances. Une cinquantaine circulent dans la ville. Elles sont coordonnées par le bureau d'hygiène de la province, également à l'origine de la mobilisation des hôpitaux. Nous sommes là pour traiter rapidement des personnes sorties des décombres, ensuite nous les plaçons dans les tentes. Les blessés graves sont transportés à l'hôpital. Selon moi, nous étions en nombre suffisant pour faire face aux dommages.» Non loin de là sont installées les tentes de la Croix-Rouge chinoise. Les 40 membres présents sont arrivés après tout le monde, mercredi, soit deux jours après le séisme.