Sur France Info, l'ancien ministre des Affaires étrangères français Hubert Védrine a réagi ce matin au Brexit. Leitmotiv ? La refondation indispensable de l'Union européenne ne doit absolument pas se résumer à une intégration accélérée autour de la zone euro et des pays fondateurs. Le Temps, qui avait invité Hubert Védrine au récent Forum des 100 à Lausanne, reprend son entretien donné à la radio publique française. 


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Le projet européen maintenant...

«On doit poser d'urgence la question qui fâche et qu'aucun dirigeant politique français ou européen n'osait poser: mené par des élites depuis dix à quinze ans, le projet communautaire a déraillé. On voyait bien que les peuples renâclent. Mais aucune réponse n'a été apportée à ce début de décrochage. Conséquence: il est impossible de répondre à l'ancienne en imaginant une intégration accélérée autour de la zone euro ou des six pays fondateurs. C'est exactement le contraire qu'il faut faire. La réalité est que les peuples ne veulent pas plus d'intégration. Il est impossible de faire des relances à l'ancienne...

Gare néanmoins à l'affolement. Il est possible de trouver un plan B à chaud. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, ne cesse lui-même de répéter que l'UE s'est trop immiscée dans la vie des gens. S'il a raison, alors appliquons de façon massive la fameuse «subsidiarité». On devrait seulement faire au niveau européen ce qu'on ne peut pas faire autrement. Une relance qui ne tiendrait pas compte de cet impératif ne marchera pas. Il faut très vite réunir une conférence des gouvernements pour redire clairement cela, pour revenir à la formule simple «L'Union fait la force». L'Europe ne doit pas être un moins mais un plus. Or ni les traités, ni les institutions ne se comportent ainsi. C'est ce qu'il faut rectifier...

Le risque de contagion post Brexit...

La contagion immédiate du Brexit, en ce qui concerne d'éventuels référendums futurs, peut éventuellement concerner deux ou trois pays entrés dans l'Union en même temps que le Royaume uni comme le Danemark etc.. Mais la contagion la plus problématique est celle qui va agiter les peuples, y compris en Allemagne et en France, où le décalage avec les élites a commencé et ne cesse de se creuser. Il faut donc, parallèlement, une clarification drastique des compétences européennes et un investissement démocratique. Il faut aussi bien faire la différence entre les eurosceptiques et les «euro-hostiles» comme Marine Le Pen, qui n'ont de cesse de démonter l'édifice communautaire. On ne peut plus dire les peuples votent mal. On ne peut plus continuer comme ça.

La relance de l'Union européenne...

Je ne crois pas à une relance sans une pause et une clarification préalable. Et elle est possible.  A chaud, le président français et la chancelière allemande peuvent l'inventer, d'autant que la négociation avec le Royaume-Uni va s'engluer et devenir une négociation sans fin. Le problème est que le système communautaire n'est pas conçu pour cela. Jusqu'au référendum britannique, l'Europe c'était le bien, et les anti- européens c'était le mal. Il faut surmonter ce manichéisme.

François Hollande et le couple franco-allemand...

Francois Hollande a une opportunité considérable. Tout le monde est abasourdi. Il y a une occasion dans cette grande difficulté de formuler la réponse. Comment cela se jouera-t-il? Bien sûr en franco-allemand, à condition d'arriver à faire converger les points de vue français et allemand. Il faut trouver cet accord d'urgence. Au service, encore une fois, d'un seul objectif: intégrer dans la refondation européenne ce besoin des peuples qui ne veulent pas s'intégrer plus.»