La télévision la plus ancienne du Venezuela, RCTV (Radio Caracas Television), dernière grande chaîne d'opposition du pays, a cessé d'émettre dimanche une seconde avant minuit, après cinquante-quatre années d'existence, à l'expiration de sa concession que le gouvernement d'Hugo Chavez a refusé de renouveler.

Une grande partie des 3000 salariés de RCTV s'était rassemblée sur le plateau entonnant des chants appelant à l'union et l'amitié, dont beaucoup ne pouvaient retenir leurs larmes, tandis que le président de la chaîne, Marcel Granier, se déclarait sûr que «la démocratie et RCTV reviendront au Venezuela».

En plusieurs endroits de Caracas, des partisans d'Hugo Chavez ont tiré des fusées de feu d'artifice pour célébrer la fin des émissions de RCTV que le président vénézuélien a accusé d'être «putschiste» et d'avoir soutenu le coup d'Etat avorté contre lui en 2002. Une fête populaire se déroulait par ailleurs devant un complexe culturel de Caracas pour célébrer la naissance de la nouvelle chaîne de «télévision socialiste» (TVES), financée par le gouvernement, dont les transmissions ont commencé dès que se sont interrompues celles de RCTV. Dans un éditorial intitulé «Pouvoir sans limite», El Nacional, l'un des principaux quotidiens vénézuéliens, affirme que cette mesure marque «la fin du pluralisme» dans le pays. La Société interaméricaine de presse (SIP) a envoyé une délégation rejoindre les manifestants à Caracas pour témoigner sa «solidarité».

Des manifestants anti-Chavez ont tenu éveillé pendant la nuit de samedi à dimanche une partie de la capitale, en organisant un concert de casseroles, de klaxons et de sifflets, et en sillonnant les rues en voiture ou à moto. Dimanche soir ils étaient à nouveau plusieurs milliers devant le siège de la Commission nationale des télécommunications avant d'être dispersés dans la nuit par des tirs de grenades lacrymogènes. Quelques heurts avaient auparavant fait onze blessés, dont quatre ont été hospitalisés parmi les forces de l'ordre, selon la police.

Allié du dirigeant cubain Fidel Castro, Hugo Chavez, à la tête depuis 1999 du 5e pays exportateur de pétrole dans le monde, avait qualifié samedi soir la chaîne RCTV de «menace pour le pays». La Cour suprême a ordonné à RCTV de mettre provisoirement à la disposition de TVES son infrastructure logistique, placée sous surveillance militaire.

Le Sénat américain, l'OEA, ou encore le Parlement européen ont exprimé leur inquiétude quant à la liberté d'expression au Venezuela, où le président Chavez dispose des pleins pouvoirs depuis le début de l'année.