Le président vénézuélien Hugo Chavez est «conscient» des difficultés de sa situation postopératoire, a assuré mardi son vice-président et successeur désigné Nicolas Maduro, qui s’est efforcé de démentir les rumeurs alarmistes deux jours après avoir fait état d’une détérioration de sa santé.

Hospitalisé depuis trois semaines à Cuba, où il a été opéré pour la quatrième fois d’un cancer, le président est «conscient de la complexité de son état», a indiqué Nicolas Maduro depuis La Havane lors d’un entretien avec la chaîne de télévision vénézuélienne Telesur.

«J’ai pu le voir à deux reprises, parler avec lui […] Je lui ai serré la main droite, puis il m’a embrassé avec une force gigantesque», a-t-il raconté, sans toutefois être véritablement rassurant sur l’évolution de l’état de santé du président, qui est censé prêter serment pour un nouveau mandat le 10 janvier.

«Il est toujours sous surveillance, poursuit ses traitements, c’est une situation complexe […] Il y a parfois de légères améliorations, parfois une situation stationnaire», a poursuivi Nicolas Maduro.

Le Venezuela retient son souffle depuis que le vice-président a interrompu dimanche les préparatifs pour le Nouvel An en annonçant à la télévision, depuis Cuba, une aggravation de l’état de Hugo Chavez, 58 ans, opéré le 11 décembre pour traiter un cancer dans la zone pelvienne détecté en juin 2011.

«Nous avons été informés de nouvelles complications apparues à la suite de son infection respiratoire», et ces complications «doivent être soignées avec un traitement non dénué de risques», avait révélé Nicolas Maduro.

Arrivé le 29 décembre à La Havane, le vice-président, qui est également ministre des Affaires étrangères et a été désigné comme héritier par le président avant son départ, a précisé mardi soir qu’il rentrerait mercredi à Caracas.

Alors que même ses partisans ont quasiment exclu que Hugo Chavez soit en état de prêter serment à la date prévue, les réseaux sociaux bruissent de rumeurs annonçant sa mort tandis que d’autres multiplient les témoignages de solidarité avec le président.

Mardi, le quotidien espagnol ABC a, lui, rapporté sur sa page internet que le président vénézuélien se trouvait en «coma artificiel», sans toutefois identifier ses sources.

Des rumeurs que le gouvernement s’efforce de faire taire depuis le début de la semaine. «Nous demandons à notre peuple […] d’avoir confiance» dans les informations fournies par les autorités, a exhorté mardi Nicolas Maduro, assurant une nouvelle fois que le président «sortira de cette situation plus tôt que tard».

Le dirigeant de l’opposition lui-même, Henrique Capriles, a appelé mardi à ne pas «tomber dans les rumeurs ni dans les haines», dans un tweet.

Indice du climat d’inquiétude qui règne sur le pays, les rues de Caracas étaient pratiquement vides mardi, pour la nouvelle année.

Dans le quartier très «chaviste» du 23 janvier, on s’efforçait toutefois d’entretenir la flamme et de maintenir une ambiance de jeux et de fête.

Réélu confortablement en octobre pour un nouveau mandat de six ans, Hugo Chavez, au pouvoir depuis 1999, était censé prêter serment le 10 janvier devant l’Assemblée nationale.

Face à l’imminence de cette date, le pouvoir souhaite repousser la cérémonie, inscrite dans la Constitution, d’une façon qui ne soit pas interprétée «comme un coup d’Etat institutionnel», a estimé l’analyste Luis Vincent Léon. Jusqu’à présent, Nicolas Maduro et le président de l’Assemblée nationale, Dionysos Cascabelle, évoquent la possibilité d’une prestation de serment ultérieure, devant le Tribunal suprême de justice.

Selon la loi fondamentale, en cas d’impossibilité du président d’assumer ses fonctions, il revient au vice-président ou au président de l’Assemblée, selon les interprétations, d’assumer l’intérim et de convoquer des élections anticipées.

Henrique Capriles, battu par Hugo Chavez lors de la présidentielle du 7 octobre et qui pourrait affronter Nicolas Maduro dans les urnes, a admis que la date de prise de fonction pourrait être repoussée.

La rareté des informations sur la santé de Hugo Chavez contribue à alimenter l’inquiétude de ses partisans. Depuis qu’il est parti se faire soigner à La Havane, aucun communiqué médical n’a été publié. C’est le gouvernement vénézuélien qui informe au compte-gouttes sur son état de santé dans de brefs communiqués que doivent obligatoirement diffuser toutes les radios et les télévisions du pays.