France

Hulot, Darmanin: ces rumeurs qui secouent la République

Le ministre français de la Transition écologique se retrouve, tout comme son collègue du budget, accusé de viol. Dans les deux cas, les plaintes avaient été classées sans suite

La silhouette d’un visage bien connu, découpée sur fond orange et flanquée d’un titre choc: «L’affaire Nicolas Hulot». C’est ainsi que, vendredi, le nouveau magazine français Ebdo (non distribué en Suisse) a choisi de mettre à la Une son enquête sur un viol supposé commis, à l’orée de l’été 1997 dans sa villa corse, par l’actuel ministre de la Transition écologique du quinquennat Macron. Un «scoop» que l’intéressé avait, la veille, choisi de désamorcer lui-même, en direct, sur le plateau matinal de BFM TV. «Depuis des mois, je subis toutes sortes de rumeurs, d’insinuations et de suspicions», avait-il lâché. Avant d’afficher ses larmes sur le petit écran et de jurer «qu’il ne pardonnera jamais à ceux qui ont fait pleurer ses enfants».

Une réouverture du dossier exclue

Nicolas Hulot accusé de viol. L’histoire remonte donc à vingt ans. Et rien, dans le dossier, ne justifierait la réouverture de poursuites selon le procureur de la République de Saint-Malo, compétent puisque l’ex-présentateur d’Ushuaïa réside principalement près du port breton. «Nicolas Hulot a été entendu dès le 29 août 2008 sur ces faits par les gendarmes, explique un communiqué publié hier. Il est d’abord apparu que les deux protagonistes avaient une version contradictoire quant au consentement à la relation sexuelle précitée. Il a en outre été établi que ces faits s’étaient déroulés entre le 9 et le 11 juin 1997. Ceux-ci étant prescrits, la procédure a été classée sans suite, ce dont la plaignante a été avisée par un courrier du 30 octobre 2008.» Une version confirmée par l’intéressée qui, installée aujourd’hui dans un lointain territoire d’outre-mer, a d’ailleurs expliqué aux journalistes d’Ebdo ne pas souhaiter un grand déballage politico-judiciaro-sexuel.

Le problème est que la publication d’une telle enquête en France, dans la foulée des révélations sur le magnat hollywoodien Harvey Weinstein, n’intervient pas à n’importe quel moment. Depuis deux mois, un autre ministre, Gérald Darmanin, en charge du budget et de l’action publique, vit un scénario similaire. La plainte émane cette fois d’une ex-call-girl, qui affirme avoir été contrainte d’accepter une relation sexuelle avec le politicien alors que ce dernier, âgé de 29 ans, promettait de lui venir en aide pour faire effacer une condamnation de son casier judiciaire. Là aussi, la séquence des faits est avérée. Mais les versions divergent et un classement sans suite avait été requis… avant que la plaignante ne relance la machine. Et que le ministre confie lui-même ses mésaventures à la mi-janvier à France Info.

Engrenage d’accusations

Cet engrenage d’accusations est-il juste la conséquence logique d’un lourd silence enfin rompu par le mouvement #metoo? Ou assiste-t-on à une opération coordonnée pour affaiblir le gouvernement et Emmanuel Macron qui, pour l’heure, a maintenu sa confiance aux deux ministres? Dans les deux cas, les médias se retrouvent dans une position équivoque.

L’enquête d’Ebdo sur Nicolas Hulot reconnaît que la plaignante n’entend pas rouvrir ce dossier. Les journalistes qui ont enquêté sur Darmanin admettent, eux, que l’itinéraire de son accusatrice est tout sauf clair. Plus problématique: Ebdo fait un lien entre la plainte pour viol et le refus de l’ancien journaliste de se présenter à la présidentielle en 2012, puis en 2017. Comme si, dans cette République ébranlée par le scandale Strauss-Kahn en 2011, où le candidat Emmanuel Macron prit les devants durant la campagne présidentielle pour démentir une relation homosexuelle avec le PDG (révoqué récemment) de Radio France, ces accusations de viol cherchaient surtout à raviver le plus vieux des soupçons: celui du sombre couple formé par le pouvoir et le sexe.

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