«Les évacuations et rapatriements effectués jusqu’ici représentent déjà la moitié du total de rapatriés enregistrés lors de la guerre du Golfe et le double des évacuations opérées lors de la guerre du Kosovo.» Directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), William Lacy Swing relève qu’un travail considérable a déjà permis de faire rentrer chez elles des dizaines de milliers de personnes fuyant les violences en Libye. Dans cet effort, plusieurs pays ont organisé des ponts aériens. L’Allemagne par exemple a mis en place dix vols, en collaboration avec Air Berlin. «Ces rapatriements ne représentent toutefois que 15% des étrangers présents en Libye dont beaucoup souhaitent quitter le pays», prévient le directeur de l’OIM.

Pour faire face aux besoins humanitaires actuels et futurs, la secrétaire générale adjointe des Nations unies chargée des affaires humanitaires Valérie Amos, le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés (HCR) Antonio Guterres et William Lacy Swing ont lancé, lundi au Palais des Nations à Genève, un appel d’urgence de 160 millions de dollars. Cette somme doit couvrir les besoins en logistique pour les camps de migrants en Tunisie, en Egypte et au Niger, en soins, en eau et en installations sanitaires. Elle doit permettre de répondre à un afflux de 400 000, voire 600 000 personnes fuyant la Libye grâce au travail de 17 organisations humanitaires. Jusqu’ici, on estime que plus de 200 000 d’entre elles ont fui le pays. «Ne nous méprisons pas: ces gens-là veulent rentrer chez eux, ils n’entendent pas venir envahir l’Europe», précise Antonio Guterres qui déplore l’alarmisme des Européens face à d’éventuels afflux de réfugiés. Pour l’heure, les ressortissants de pays comme le Bangladesh, confrontés à des procédures de départ plus compliquées, restent cantonnés dans des camps aux frontières des pays voisins.

Les flux diminuent

Au cours des dernières 48 heures, la situation s’est décrispée quelque peu. La semaine dernière, 1000 personnes fuyant la Libye franchissaient la frontière tunisienne chaque heure. Aujourd’hui, les flux ont fortement diminué. Ce fait n’est toutefois pas de nature à rassurer Antonio Guterres: «Les frontières libyennes étaient quasiment sans contrôle ces derniers jours. Maintenant, le contrôle des frontières par les Libyens est clair. On voit la différence en termes de flux.» Pour le patron du HCR, qui estime que l’Egypte et la Tunisie ont été des exemples pour le monde entier en laissant ouvertes leurs frontières pour accueillir les gens qui fuient les violences, les inquiétudes portent en particulier sur les ressortissants de pays subsahariens dont le nombre dépasserait les 100 000. «Très peu d’Africains de la zone subsaharienne se sont rendus aux frontières du pays. On pense qu’ils ont peur de prendre la route dans un environnement de terreur», souligne Antonio Guterres. La crainte concrète est qu’ils soient pris pour des mercenaires au service du colonel Kadhafi.

Le grand défi des humanitaires, poursuit l’adjointe de Ban Ki-moon, Valérie Amos, c’est désormais d’accéder à l’ouest du pays, pour l’heure inaccessible. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui dispose d’une équipe de 70 personnes à Benghazi, à l’est, entreprend tout auprès des autorités et de l’armée libyennes pour accéder à la partie occidentale du pays.