Le procès du crash de Gonesse, en juillet 2000, s’est ouvert mardi à Pontoise, en banlieue parisienne. Des mois durant, experts et contre-experts vont s’affronter pour démêler les responsabilités qui se chevauchent dans cette affaire.

Dans Ouest-France, Michèle Fricheteau, l’ancienne propriétaire de l’hôtel sur lequel le grand volatile à l’aile delta s’est écrasé, se souvient. Elle entend un bruit anormal. «Je me suis dit, là, le Concorde, il déconne. Après ça a été l’enfer. J’ai senti un souffle. Une langue de feu m’est arrivée sur le visage. Tout volait en éclats. C’était complètement fou.» Le drame, qui fait l’objet d’un énorme dossier dans le Telegraph, «hante encore beaucoup de gens…» enchaîne Le Post.

Le procès du crash du Concorde AF4590, qui avait fait 113 morts le 25 juillet 2000 à Gonesse (dans le Val-d’Oise, en région parisienne), s’est donc ouvert ce mardi devant le tribunal correctionnel de Pontoise. Plus de trente-quatre ans après son premier vol commercial, raconté par le Journal de Genève en 1976 (lire ci-dessous). Et près d’une décennie après la catastrophe, où c’était «bien plus qu’un avion» qui s’écrasait, écrit non sans lyrisme La Voix du Nord: c’était «un mythe», «un pan entier de la fierté de ce pays». Un mythe qui va subir ces jours-ci ce que l’Independent appelle «l’humiliation finale», après la mise à la retraite définitive de ce symbole de l’aéronautique moderne.

C’est d’ores et déjà «un procès très médiatique» pour la RTBF, à la Une du site de la BBC mardi matin et à l’occasion duquel le site Challenges.fr évoque la vie de l’avion supersonique en vidéos. «Un procès hors normes» à plus de 3 millions d’euros, écrivent de concert Le Point et Le Monde: «Le dossier est épais de 90 tomes et compte 534 pièces. Deux cents journalistes et techniciens français et étrangers sont attendus.» Ce qui représente «un vrai casse-tête» logistique pour la petite ville de Pontoise, tel que l’explique Le Parisien. «Prévue pour durer quatre mois, l’audience […] sera simultanément retransmise dans une salle vidéo mise à la disposition de la presse, enchaîne Le Monde. Les débats seront traduits simultanément en trois langues, anglais, allemand et français». Les sommes engagées pendant l’instruction s’élèvent à 3 193 973 euros, soit 4,7 millions de francs suisses.

Car «il a fallu huit ans d’instruction, menée par plusieurs organismes policiers et techniques, pour parvenir à démêler les responsabilités qui se chevauchent dans cette affaire», précisent la Tribune de Genève/24Heures: «Deux ingénieurs d’EADS en retraite, un ingénieur de la direction générale de l’aviation civile (DGAC), deux techniciens de la compagnie aérienne américaine Continental Airlines et la compagnie en tant que personne morale, [qui] comparaissent, note Le Monde, pour «homicides involontaires». «Passibles d’une peine maximale de 375 000 euros d’amende pour les sociétés et de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende pour les particuliers», indique Le Figaro. Comme le Times de Londres, le quotidien français dresse la liste des acteurs clés de la procédure, alors que 20 Minutes France évoque deux pistes pour expliquer les raisons de l’éclatement du pneu de l’avion, tout en précisant que «les familles des passagers morts seront quasiment toutes absentes. Comme si ce procès ne pouvait être qu’une bataille d’experts», détaillée par la Radio suisse romande.

Dix ans plus tard, les causes de ce crash aérien restent controversées», relève La Libre Belgique, qui critique Air France, partie civile, pour avoir versé de «grasses indemnisations» aux familles des victimes afin qu’elles ne portent pas plainte. Les deux camps qui se sont formés autour de cette tragédie visible sur une galerie photos mise en ligne par le Guardian et sur plusieurs vidéos de Dailymotion en lien sur le site de Paris Match ? «Ceux qui croyaient à la lamelle…» explique Libération: «Selon l’accusation, l’avion a roulé sur une pièce perdue [la fameuse lamelle en titane de 43,5 cm] par un appareil de la Continental, provoquant l’explosion d’une roue.» Et ceux qui n’y croyaient pas: «Pour la défense de la compagnie aérienne américaine, le Concorde était déjà en flammes avant de rencontrer la lamelle», comme le soutiendra l’avocat, Me Olivier Metzner, qui s’exprime sur France Info et crée déjà «une polémique», née quelques jours avant le procès, selon France-Soir. Car «si cette nouvelle thèse est recevable, alors qu’est-ce qui aurait pu provoquer l’éclatement du pneu? se demande Euronews. Eh bien, la crevaison pourrait s’expliquer par une bosse sur la piste. La roue n’aurait pas résisté au choc dû au poids du supersonique, à cause d’une pièce qui manquait au train d’atterrissage.»

Sans compter qu’il y a, «autour d’un surplein en kérosène», un troisième scénario, notamment évoqué par Le Figaro: «Celui de Ian Kirby, un ancien officier mécanicien navigant de British Airways qui affiche vingt-deux ans de vol sur Concorde. Son témoignage sur les pratiques des équipages du supersonique a fait sensation dans le milieu aéronautique. Mais il souffre d’un handicap de taille: il ne peut être prouvé.»

Conclusion? On la laisse, morne, à France Info: «C’est une affaire kafkaïenne […]. Et l’on peut ouvertement s’interroger sur l’intérêt de ce procès qui […] verra s’affronter experts et contre-experts, cinq prévenus, des témoins et quelques ténors du barreau, spécialistes des effets de manche.»