«Les élections se sont bien déroulées, de manière tout à fait conforme aux standards démocratiques. Il faut donc reconnaître ces résultats», a annoncé lundi après-midi João Soares, coordinateur de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Kiev. Quelles que soient les velléités de contestation dans le camp de Ioulia Timochenko, les observateurs internationaux ont donc coupé court aux rumeurs de fraudes massives lancées par l’équipe de la première ministre et l’ont sommée de ne pas ralentir la «transition du pouvoir», après l’annonce dimanche de la victoire de son adversaire, Viktor Ianoukovitch.

«Cela fait partie de la culture démocratique, lorsque l’on a perdu, d’avouer sa défaite et de saluer le gagnant», a ajouté João Soares, enfonçant encore un peu plus le clou. Selon les chiffres de la Commission électorale après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins, Viktor Ianoukovitch, l’emporte avec 48,66% des voix contre 45,75% pour Ioulia Timochenko.

Timochenko discrète

La première ministre s’est d’ailleurs faite discrète, toute la journée d’hier, annulant les unes après les autres ses interventions publiques. Une attitude à des kilomètres de sa déclaration combative le soir du scrutin, et de ses appels à la mobilisation répétés tout au long de la semaine dernière.

Les partisans de Viktor Ianoukovitch, au contraire, ont, eux, donné de la voix. Selon une information confirmée par le ministre des Transports, des centaines de bus et des trains supplémentaires ont même été affrétés hier pour conduire les «régionaux» vers la capitale, et le centre névralgique de ces élections, la Commission centrale électorale. Près de la place Lessia Ukrainka, transformée en point de ralliement, de longues colonnes de manifestants attendaient d’ailleurs les instructions des organisateurs… et parfois quelques billets.

«On attend la valise, plaisante un jeune homme», alors que son ami confirme être venu là «pour l’argent». Slavik, un retraité de la région de Kiev, est, lui, un authentique fan de Viktor Ianoukovitch, et ce depuis la dernière élection présidentielle de 2004: «Pour moi, Ianoukovitch aurait déjà dû être président en 2004. On restera là le temps qu’il faudra, pour protéger les résultats.»

Nouvelle bataille

Lors de son discours dimanche soir, Viktor Ianoukovitch s’est voulu rassembleur et a déclaré vouloir apporter «la stabilité à l’Ukraine». Pourtant, la bataille au sein de l’exécutif ne fait que commencer. Formellement, son Parti des régions n’est pas majoritaire au parlement, et il va donc lui être difficile d’obtenir un vote de défiance vis-à-vis de la première ministre. Viktor Ianoukovitch prendrait également de gros risques à provoquer de nouvelles élections législatives, menacé par la création récente de jeunes formations politiques.

Si elle est habile, Ioulia Timochenko peut donc négocier en coulisses son maintien au poste de cheffe du gouvernement, ou au contraire décider de démissionner, et se présenter à la tête de l’opposition, forte des 11 millions de voix glanées au deuxième tour. «Au vu du faible écart qui sépare les deux candidats, le futur président va devoir chercher le consensus, analyse Vitali Koulik, directeur d’un institut spécialisé dans l’étude de la société civile. Il y a cinq ans, les gens avaient voté par passion pour Viktor Iouchtchenko. Cette fois-ci, ils ne croient pas plus en Ianoukovitch qu’en Timochenko.»