Suisse-Russie

Ignazio Cassis à Moscou, face au tank de la diplomatie russe

Installée dans sa nouvelle ambassade moscovite, la diplomatie suisse tente d’amortir les coups de boutoir portés par le Kremlin au droit international

Face au tank rutilant de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, le conseiller fédéral Ignazio Cassis a adopté hier une posture d’équilibriste. En visite officielle mardi et mercredi pour inaugurer la nouvelle ambassade de Suisse à Moscou, le conseiller fédéral a rencontré à deux reprises le ministre russe des Affaires étrangères pour discuter de thèmes bilatéraux mais aussi, et surtout, d’enjeux géopolitiques (Ukraine, Syrie, Iran, Venezuela) et multilatéraux (Conseil de l’Europe et désarmement nucléaire).

En conférence de presse mercredi, Sergueï Lavrov a répondu sèchement à nos confrères de la RTS à propos du scandale d’espionnage qui a ébranlé l’année dernières les relations bilatérales: «Malheureusement, les médias suisses ne suivent pas attentivement nos contacts avec M. Cassis. L’incident est clos.» Interrogé sur la garantie qu’une telle affaire ne se reproduira pas, le ministre a poursuivi: «Il est bizarre d’entendre cette question dans la bouche d’un citoyen suisse. D’habitude, ce sont les Anglais et les Américains qui disent: donnez-nous des garanties que vous n’interférerez pas dans nos affaires.»

«Tout le monde fait du renseignement»

Ignazio Cassis a répété que l’incident appartenait au passé, notant que «tout le monde fait du renseignement. C’est accepté, tant que la loi n’est pas enfreinte.» Le droit a pourtant bien été enfreint, puisque le procureur général suisse a ouvert une enquête contre deux espions russes soupçonnés d’avoir mené des cyberattaques contre l’Agence mondiale anti-dopage et le Laboratoire de Spiez – un centre de compétence qui analyse les substances chimiques utilisées dans certains bombardements de civils syriens et dans l’empoisonnement de l’ancien espion russe Sergueï Skripal par des agents de Moscou. «La Russie a franchi la ligne rouge avec des actions offensives contre des cibles suisses», confirme une source diplomatique suisse.

Sujet central des discussions, l’Ukraine connaît «une situation empoisonnée entre les deux côtés», selon Ignazio Cassis, qui souligne: «La question fondamentale qui se pose chez les Européens est le rapport entre la force militaire et le droit public international. C’est ce dernier qui doit prévaloir.» Faisant référence aux marins ukrainiens capturés par la Russie lors de l’incident du détroit de Kertch en novembre dernier, il a estimé que «des gestes seraient bienvenus». C’est-à-dire leur libération. Sergueï Lavrov n’a pas répondu. «Il m’a dit que cela ne faisait pas partie de ses compétences», a indiqué plus tard Ignazio Cassis au Temps.

Et les bombardements conjoints russes et syriens sur la région d’Idlib, qui augmentent en intensité, ont-ils été mentionnés? «Pas de manière précise à propos d’Idlib, mais nous avons parlé du rôle de la Russie en Syrie. Cela a été un des thèmes principaux de cette rencontre», a lâché le conseiller fédéral, avant de s’engouffrer dans une berline en direction de l’aéroport.

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