Diplomatie

Ignazio Cassis relativise les désaccords avec la Russie

Le conseiller fédéral insiste sur le «dialogue» comme moyen ultime de surpasser l’affaire de l’espionnage russe

Ignazio Cassis avait visiblement à cœur d’apaiser les relations entre la Suisse et la Russie. Recevant mercredi à Genève le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, le conseiller fédéral n’a pas raté une occasion de souligner combien le géant russe est important pour les investisseurs suisses et comment la situation entre les deux pays s’est «tranquillisée» ces dernières semaines.

L’affaire des espions russes, qui avaient semble-t-il tenté notamment de s’approcher de trop près du laboratoire de Spiez, spécialisé dans les armes chimiques? Ignazio Cassis n’en a pas fait directement mention mercredi. Mais il a relativisé: l’espionnage «n’est pas une nouveauté», a-t-il rappelé, cela se pratique depuis «la nuit des temps». D’ailleurs, ces méthodes «ne concernent pas que la Russie», a-t-il complété, en ajoutant toutefois que la Suisse «ne tolère pas» les activités illégales exercées sur son sol.

Le conseiller fédéral a insisté sur «le dialogue» comme outil ultime pour faire cesser ces pratiques. Un dialogue qui, selon lui, «a déjà porté ses fruits». Il y a deux semaines, le chef du Service de renseignement de la Confédération (SRC), Jean-Philippe Gaudin, s’est rendu à Moscou pour y rencontrer ses collègues russes. Une visite «fort utile», a constaté «avec plaisir» Ignazio Cassis, qui a «permis d’établir des contacts entre les chefs du renseignement des deux pays».

«La solidité de nos relations»

Ce satisfecit du conseiller fédéral avait été précédé d’un exposé sur l’importance économique que revêt la Russie pour la Suisse: des centaines d’entreprises suisses actives dans le pays, 50 000 employés, des investissements qui se chiffrent à 11 millions de francs… Ignazio Cassis a ajouté à ce tableau l’inauguration prochaine de la nouvelle ambassade suisse à Moscou: «Un investissement de 40 millions de francs qui nous permettra de symboliser la solidité de nos relations», a détaillé le chef de la diplomatie suisse.

Sergueï Lavrov a rejoint son collègue sur ce plan: «Il n’y a pas d’autre pays avec lequel nous ayons des contacts plus intenses», assurait-il. En affichant, lui aussi, sa «satisfaction» de voir bientôt les milieux économiques «approfondir cette relation», le ministre russe n’en a pas moins lancé quelques flèches contre la Suisse, coupable selon lui d’avoir «semé la confusion» en rendant publique la question de l’espionnage russe sur son sol. Bien plus: Moscou soupçonne un membre du Conseil fédéral d’avoir transmis de fausses informations à la presse, afin de provoquer «un scandale» et de trahir ainsi «la tradition amicale» qui unit les deux pays.

Alors que, en Suisse, le Ministère public de la Confédération enquête sur cette question, Sergueï Lavrov assure qu’«aucun fait établi» ne vient confirmer la thèse d’un possible espionnage russe. Le ministre s’en est pris à la Grande-Bretagne (où deux agents russes ont laissé de multiples traces dans leur tentative d’empoisonner l’ex-espion Sergueï Skripal) ainsi que, sans les nommer, aux Pays-Bas, qui ont rameuté les Etats européens après avoir mis en lumière la volonté russe de pirater l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Tensions en mer d’Azov

Au-delà des questions bilatérales, Ignazio Cassis et Sergueï Lavrov ont aussi évoqué notamment le regain de tension entre la Russie et l’Ukraine. Le chef du DFAE a insisté sur la nécessité, aussi bien pour Moscou que pour Kiev, d’entreprendre une «désescalade» à la suite du récent accrochage en mer d’Azov. Ce à quoi Sergueï Lavrov a opposé une dénégation catégorique sur la responsabilité de la Russie. Son argument: «S’il y avait la moindre possibilité de disculper l’Ukraine, on le ferait, et tous les reproches seraient adressés à la Russie», a disserté Lavrov. Or, Ignazio Cassis a renvoyé les Ukrainiens et les Russes dos à dos. «Cela confirme de manière claire la responsabilité de Kiev!» a conclu le Russe. CQFD.

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