Moldavie

Igor Dodon, le candidat prorusse, remporte la présidentielle moldave

Pour le premier vote au suffrage universel depuis 1997 en Moldavie, Igor Dodon a recueilli 55,3% des voix. Il a promis d'oeuvrer à modifier le volet économique de l'accord d'association avec l'UE

Le candidat prorusse Igor Dodon a remporté la présidentielle de dimanche en Moldavie, ex-république soviétique ébranlée par une profonde crise politique.

Après le décompte de 97% des bulletins de vote, Igor Dodon recueillait 55,3% des voix. La proeuropéenne Maia Sandu en obtenait 44,7%, a annoncé la Commission électorale. Les résultats officiels devraient être annoncés lundi à 9 heures par la Commission électorale. 

«Nous avons gagné. Tout le monde l'a compris», a déclaré Igor Dodon lors d'un point de presse nocturne. Il a remercié sa concurrente pour une «bonne campagne électorale» et l'a félicitée pour «un résultat louable», en promettant de «tenir compte de la position des électeurs de Maia Sandu».

Les deux candidats ont cependant qualifié le scrutin de «mal organisé». Ils ont notamment dénoncé le manque de bulletins de vote dans les bureaux à l'étranger.

Un taux de participation de 53,3%

Pour la première fois depuis 1997 en Moldavie, le chef de l'Etat est élu au suffrage universel. Ex-république soviétique de 3,5 millions d'habitants, le pays est déchiré entre l'Est et l'Ouest et ébranlé par une profonde crise politique. Le taux de participation au scrutin, surveillé par plus de 4000 observateurs moldaves et étrangers, a atteint 53,3%, a déclaré la Commission électorale.

Au premier tour le 30 octobre, Igor Dodon, chef du Parti des socialistes et ancien ministre de l'Economie dans un gouvernement dirigé par des communistes, a rassemblé plus de 47% des suffrages. Il était presque parvenu à la majorité absolue nécessaire à la victoire.

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Maia Sandu, ancienne ministre de l'Education qui a travaillé à la Banque mondiale, avait quant à elle eu 38% des voix. Au deuxième tour, la majorité simple des suffrages suffisait pour être élu.

Deux visions économiques s'affrontaient

La présidentielle dans ce pays niché entre l'Ukraine et la Roumanie a mis aux prises les partisans d'un rapprochement avec la Russie et les défenseurs d'une intégration à l'Union européenne (UE).

Igor Dodon a notamment promis d'oeuvrer à modifier le volet économique de l'accord d'association avec l'UE, signé en 2014 par les autorités proeuropéennes moldaves au grand dam de Moscou, et de faire en sorte que «nous puissions faire du commerce avec la Russie comme avec l'UE». Cet accord a notamment permis l'ouverture graduelle du marché européen aux produits moldaves et, actuellement, la moitié des exportations de la Moldavie sont absorbées par l'UE.

Mais cette démarche a suscité la colère de Moscou qui a aussitôt imposé un embargo sur les fruits et la viande moldaves. Ce qui a pénalisé une population vivant principalement de l'agriculture.

Pour sa part, Maia Sandu qualifie cet accord de «base pour le développement du pays», notamment pour mettre en place des réformes et lutter contre la corruption.

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Une profonde crise politique, depuis la disparition d'un milliard de dollars

La Moldavie, dont 78% de la population est composée de Roumanophones et environ 14% de Russes et d'Ukrainiens, est l'un des pays les plus pauvres d'Europe: 41% de ses habitants vivent avec cinq dollars par jour, selon la Banque mondiale.

Le pays est par ailleurs ébranlé par une profonde crise politique, depuis la découverte l'an passé de la disparition d'un milliard de dollars (environ 990 millions de francs) des caisses de trois banques du pays, soit l'équivalent de 15% du produit intérieur brut (PIB).

«Le président a des pouvoirs très restreints et ne peut rien décider sans le parlement et le gouvernement»

Ces révélations avaient provoqué d'énormes manifestations, réunissant aussi bien proeuropéens que prorusses, issus de forces de droite comme de gauche. Depuis, trois gouvernements proeuropéens se sont succédé sans calmer la colère des Moldaves, qui jugent leur classe politique largement corrompue.

«Peu importe qui gagne les élections, les citoyens seront très déçus», prédit d'ailleurs l'analyste Vitaliy Andrievskiy, directeur de l'Institut de la politique efficace. «Le président a des pouvoirs très restreints et ne peut rien décider sans le parlement et le gouvernement».

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