Ils sont agenouillés dans le jardin d’un pavillon, mains sur la tête ou dans le dos. De nombreux policiers encadrent le groupe de jeunes, casque sur la tête et matraque dans la main. Cette interpellation spectaculaire s’est déroulée ce jeudi à Mantes-la-Jolie, une commune au nord de Paris, en marge d’une manifestation de lycéens. Les syndicats demandent l’abandon de la réforme du baccalauréat et de Parcoursup, la plateforme qui recueille les vœux des futurs bacheliers. Des blocages ont lieu dans environ 300 établissements scolaires.

A Mantes-la-Jolie, les arrestations sont intervenues dans un contexte tendu: deux voitures ont été incendiées et de violents affrontements ont éclaté entre jeunes et forces de l’ordre. Les images de l’interpellation, diffusées massivement sur les réseaux sociaux, ont déclenché une vive polémique. L’opposition s’est emparée de l’affaire, obligeant le gouvernement à réagir à la veille d’une manifestation des «gilets jaunes» qui cristallise toutes les inquiétudes. Retour sur une vidéo qui suscite l’indignation en trois actes.

1. Une vidéo virale

«Voilà une classe qui se tient sage.» L’auteur de la vidéo ne se contente visiblement pas d’immortaliser la scène, il livre également des commentaires sur la situation. Il s’agirait d’un fonctionnaire de police actif sur les réseaux sociaux. Ce dernier aurait diffusé la vidéo sur Twitter avant de la supprimer. C’est en tout cas la version avancée par le propriétaire du compte de l’Observatoire des violences policières dans un article de Libération. Il a été parmi les premiers à diffuser le document, avant qu’il ne se propage comme une traînée de poudre.

Les images sont-elles authentiques? «Elles ont bien été tournées aujourd’hui après des incidents près du lycée Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie, en région parisienne. L’AFP dispose d’images similaires mais tournées un peu plus loin de la scène», confirme l’agence de presse dans une série de tweets. Un total de 151 personnes ont été interpellées devant le lycée des Yvelines. La plus jeune est née en 2006, la plus âgée en 1998. Selon un journaliste de BFM TV, les élèves sont restés à genoux plus de quatre heures. «Ils attendaient d'être menottés puis embarqués dans des fourgons de police», précise-t-il. 

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2. Une réaction vive de la gauche

De nombreuses personnalités politiques ont dénoncé les méthodes de la police. A gauche, la condamnation est unanime. «Il faut dire les choses posément mais fermement: ce qui s’est passé avec les lycéens de Mantes-la-Jolie […] est simplement intolérable», a affirmé l’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot.

«Glaçant, inadmissible. Cela n’est pas la République. La jeunesse française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour?» s’inquiète l’ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon. Même ton du côté des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Le député Eric Coquerel appelle le gouvernement à «punir» les policiers qui ont eu une «attitude humiliante et violente». «Cette scène est indigne de la République! On se croirait en dictature militaire», a déclaré Danielle Simonnet, conseillère de Paris et coordinatrice du Parti de gauche.

La droite, elle, reste discrète. Laurent Wauquiez, président du parti Les Républicains (LR), n’a pour l’heure pas fait de commentaire. Interrogée sur France Info, Valérie Pécresse a appelé à la «tolérance zéro» face à la «violence qui a déferlé sur les lycées». «L’obsession des policiers, c’est de ne pas blesser un lycéen», a ajouté la présidente LR de la région Ile-de-France. Gilbert Collard, député du Rassemblement national (ex-Front national), pointe quant à lui la responsabilité du chef de l'Etat. «Voilà où nous mènent Macron et l'obstination de son gouvernement», juge-t-il sur Twitter.

3. La réponse du gouvernement

L’indignation des internautes et de la classe politique a forcé le gouvernement à réagir. «Quand j’ai vu ces images moi-même, j’ai évidemment été choqué», a confié vendredi Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, au micro de France Inter. Le responsable politique a toutefois insisté sur le contexte de l’opération policière. «Ce n’était pas une rafle, ce qui s’est passé hier, on emploie des mots qui sont totalement inadaptés», a-t-il affirmé. Avant de préciser que le dialogue est ouvert avec les jeunes manifestants: «J’ai un message de calme et d’écoute vis-à-vis des lycéens.»

Alors qu’il présentait le dispositif pour la manifestation des «gilets jaunes», le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a été interrogé sur les arrestations de lycéens. Il a également rappelé l’importance du contexte tout en promettant de «rendre publiques les conclusions des enquêtes» qui seront menées pour faire la lumière sur les circonstances de cette interpellation.

Le Défenseur des droits, autorité indépendante chargée de «veiller au respect des droits et libertés», a également annoncé l'ouverture d'une enquête. Le gouvernement veut éteindre la polémique avant la mobilisation samedi des «gilets jaunes». Une journée à haut risque.