Nouvelle étape dans la lutte contre le Covid-19 aux Etats-Unis: les enfants de 12 à 15 ans peuvent désormais se faire vacciner. Les autorités sanitaires ont, par ailleurs, annoncé jeudi que les personnes entièrement immunisées pouvaient tomber le masque, également dans des espaces fermés. Depuis les jardins de la Maison-Blanche, Joe Biden a qualifié ce 13 mai de «grand jour», incitant une nouvelle fois les récalcitrants et sceptiques à se faire vacciner, en leur faisant miroiter un retour rapide à la «normalité».

«Saluer les autres avec un sourire!»

Les chiffres donnent le tournis: près de 155 millions d’Américains ont déjà reçu une dose de vaccin et environ 119 millions – l’équivalent de 36% de la population totale – sont entièrement immunisés, après avoir reçu une dose unique de Johnson & Johnson ou les deux de Pfizer/BioNTech ou Moderna, les trois vaccins disponibles. «Toute personne entièrement vaccinée peut participer à des activités en intérieur et en extérieur, petites ou importantes, sans porter de masque ni respecter la distanciation physique», a précisé jeudi Rochelle Walensky, la directrice des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). Une décision qui ne concerne toutefois pas les moyens des transports, ni les aéroports ou les gares, où le port du masque reste recommandé. Par ailleurs, certains gouverneurs se montrent plus sceptiques que d’autres. Et ce sont bien les règles adoptées aux niveaux des Etats, des autorités locales, des tribus ou encore des entreprises qui priment. Mais le feu vert des CDC aura sans conteste un effet libérateur.

Rochelle Walensky a déclaré appuyer sa décision sur des études scientifiques prouvant que les vaccins protègent efficacement contre les nouveaux variants. Mais elle n’exclut pas, si nécessaire, de devoir à nouveau recommander le port du masque. Joe Biden s’est exprimé en des termes plus directs: «Enlevez vos masques! Vous avez gagné le droit de faire une chose pour laquelle les Américains sont connus à travers le monde: saluer les autres avec un sourire!» «Si, de manière tragique, le virus fait rage dans d’autres pays, et si nombre d’entre eux, même riches, sont confrontés à la lenteur de la campagne de vaccination, la situation est très différente ici», a-t-il une nouvelle fois insisté. La lutte contre la pandémie, sa principale promesse de campagne, reste sa priorité absolue. Le président démocrate peut se targuer d’obtenir de bons résultats et même d’avoir été en mesure de revoir ses objectifs à la hausse, alors qu’il se trouve en difficulté dans d’autres dossiers. Il vise désormais l’objectif d’avoir 70% des adultes vaccinés d’ici au 4 juillet, jour de la Fête nationale américaine.

Près de 600 000 décès

Depuis deux semaines, les personnes vaccinées pouvaient déjà, quatorze jours après leur dernière dose, ne plus porter de masque à l’extérieur, sauf en présence de foule importante. Mais dans une grande ville comme New York, la majorité des personnes ne semblait pas vraiment avoir changé d’habitude. Sur Medium, le médecin urgentiste new-yorkais Craig Spencer s’interroge justement sur l'«anormalité» de ce retour à la «normalité». Et il sait de quoi il parle pour avoir vécu l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014-2015, qu’il a d’ailleurs lui-même contracté. En mission, il avait appris à ne plus toucher personne. «Il était plus désorientant de réapprendre les règles du contact physique qu’il ne l’avait été de les désapprendre», raconte-t-il en évoquant son retour aux Etats-Unis. Certains pourraient bien ne pas renoncer au masque si facilement.

Avec plus de 580 000 personnes décédées selon les chiffres officiels, la pandémie a profondément marqué le pays, accentuant de surcroit les inégalités sociales. Désormais, la courbe des morts quotidiens régresse – elle est au plus bas depuis avril 2020 –, tout comme le nombre d’hospitalisations. Joe Biden doit, par contre, depuis quelques semaines faire face à un ralentissement de la campagne de vaccination, avec désormais 2 millions de doses administrées par jour en moyenne, soit 38% de moins qu’il y a un mois. L’étendre aux 17 millions d’adolescents de 12-15 ans, auxquels seul le vaccin de Pfizer/BioNTech est proposé, devrait lui donner un nouveau coup d’accélérateur.

Mais dans cette frange de la population aussi, il faudra convaincre. Selon un sondage de la Kaiser Family Foundation réalisé à la mi-avril, près de 25% des parents affirmaient ne pas vouloir faire vacciner leurs enfants. Plusieurs Etats et villes ont mis différents stratagèmes en place pour inciter grands et petits à se faire vacciner: bières, donuts, frites et joints gratuits, billets pour des matchs de baseball offerts… Les enfants seront davantage ciblés.

S’il est favorable à la vaccination des 12-15 ans, Craig Spencer a néanmoins publiquement exprimé son malaise. Sur Twitter, le médecin urgentiste se dit attristé qu’il n’y ait «pas eu de discussion, ni même de réflexion sur la question de savoir s’il fallait vraiment donner la priorité à ce groupe plutôt que d’utiliser les doses pour vacciner le personnel médical sur le front du coronavirus dans le monde entier». Ce débat-là, Joe Biden n’a pas vraiment voulu le considérer. Sa priorité: vacciner d’abord le maximum d’Américains. Pas plus tard que mercredi, le président démocrate a affirmé que «40% des dirigeants de la planète» l’avaient sollicité pour obtenir des vaccins. Mais sans faire de promesses. Il s’est contenté de rappeler que les Etats-Unis s’étaient engagés à fournir 60 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca à des pays tiers. Un vaccin qui n’est pas autorisé aux Etats-Unis.

Lire aussi: Aux Etats-Unis, des bières, des joints et des matchs de baseball pour convaincre de se faire vacciner