Les puissances occidentales ont affiché leurs divisions avec la Russie, mercredi, en annonçant leur intention de contourner le Conseil de sécurité de l'ONU, qui venait de constater l'absence de consensus sur le statut du Kosovo. Les Etats-Unis, l'Union européenne et l'OTAN défendent un plan prévoyant l'indépendance, «sous surveillance internationale», de la province de Serbie à majorité albanaise. Selon des sources diplomatiques, les Albanais du Kosovo pourraient déclarer leur indépendance «dès le mois de février 2008», malgré les mises en garde russes.

«De nouvelles négociations ne feront pas de différence», a déclaré l'ambassadeur de la Belgique à l'ONU, Johan Verbeke, qui s'exprimait au nom de la France, du Royaume-Uni, de la Belgique, de l'Italie, des Etats-Unis, de l'Allemagne et de la présidence de l'UE. Selon le diplomate belge, l'Union se tient «prête à jouer un rôle moteur pour mettre en œuvre un règlement définissant le statut futur du Kosovo». Le Conseil européen du 14 décembre a décidé d'envoyer sur place une mission de 1800 experts dans les domaines de la police et de la justice.

«Plan secret»

«Les négociations peuvent continuer», a répliqué l'ambassadeur de la Russie à l'ONU, Vitaly Churkin. A ses yeux, tout déploiement européen au Kosovo nécessite l'accord du Conseil de sécurité, et donc celui de Moscou. «Tout mouvement vers une déclaration unilatérale d'indépendance serait hors des limites du droit international», a-t-il ajouté. La Chine, l'Indonésie et l'Afrique du Sud ont aussi, à huis clos, exprimé des réserves sur la fin des négociations.

L'UE, les Etats-Unis et les services de l'ONU travaillent toutefois, selon les informations du Monde, sur un «plan secret», complexe, détaillant les étapes juridiques, opérationnelles et politiques devant mener à l'indépendance rapide du Kosovo, qu'ils perçoivent comme inéluctable mais qu'ils veulent encadrer pour éviter une crise majeure. Ils comptent s'appuyer sur une réinterprétation de la résolution 1244 du 10 juin 1999, qui avait placé le Kosovo sous protectorat international tout en reconnaissant la souveraineté de Belgrade.

Ce scénario nécessite la coopération du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui pourrait fournir une base juridique au remplacement progressif de la Mission de l'ONU au Kosovo (Minuk) par une mission européenne, dans un rapport qu'il doit remettre le 8 janvier 2008. Ce soutien n'est pas acquis, mais il est jugé nécessaire par plusieurs pays, avant une réunion des ministres européens sur le mandat et les modalités de la mission européenne au Kosovo.

Après la présidentielle serbe, le 3 février, l'étape suivante serait une déclaration d'indépendance du Kosovo, coordonnée avec les Etats-Unis et des pays européens clés. L'ONU réaffirmerait la nécessité d'une présence internationale avant de prendre acte de la nouvelle réalité, si une masse critique de nations reconnaissait le nouveau pays.

Le plan occidental est calqué sur les propositions du médiateur de l'ONU, Martti Ahtisaari, qui avait jugé, fin mars, que la seule « option viable « pour le Kosovo était une indépendance supervisée. La Russie s'y était opposée et avait exigé quatre mois de négociations supplémentaires entre Serbes et Albanais du Kosovo, soldées par un échec, le 10 décembre.