tuerie d’oslo et d’utoya

Impassible, Anders Breivik plaide non coupable

L’homme le plus haï de Norvège a reconnu les faits, mais s’est dit en état de légitime défense. Il a assisté très calmement au premier jour de son procès ultra-médiatisé

Le décor est planté et les balises posées pour au moins dix semaines. Le procès d’Anders Behring Breivik, ouvert au deuxième étage du palais de justice d’Oslo, sera une épreuve de longue haleine. Le prévenu, un extrémiste de droite norvégien, n’a pas donné le moindre signe de remords lors de la première journée d’audience. Et s’il n’a pu retenir quelques larmes, ce n’était pas pour s’apitoyer sur le sort de ses soixante-dix-sept victimes, mais en réaction à la vidéo de propagande qu’il avait mise en ligne, sur Youtube.com, pour justifier ses attaques du 22 juillet dernier.

Comme ses avocats l’avaient laissé entendre avant l’ouverture du procès, leur client a bien reconnu les faits. Il l’a dit lui-même à la cour, d’une petite voix quasi métallique, lors d’une de ses rares interventions de la journée de lundi. En revanche, il s’est proclamé «non coupable». Car – il a prévu de l’expliquer pendant les cinq journées suivantes – il estime avoir agi en «légitime défense». Une ligne que ses quatre avocats défendront jusqu’au verdict.

Seul et unique prévenu dans la plus importante affaire criminelle du royaume scandinave, Breivik apparaît vers 9 heures du matin dans la salle spécialement conçue pour ce procès couvert par des médias du monde entier. Engoncé dans un costume noir et cravaté, il est concentré et légèrement tendu. Sitôt les menottes enlevées, il tend son bras droit, le poing fermé, comme il l’a déjà fait lors d’une présente comparution. C’est, d’après lui, le salut des Chevaliers templiers, version XXIe siècle, une mystérieuse organisation à laquelle il affirme appartenir sans que les enquêteurs n’aient pu en trouver la trace.

Hormis ces deux épisodes, le Norvégien de trente-trois ans ne laisse quasiment rien transparaître, si ce n’est des sourires, parfois infimes, qui animent son visage de temps à autre. Il sourit en particulier lorsque l’accusation montre des images prises par des caméras de surveillance au moment de l’explosion très puissante de la camionnette piégée qu’il a garée au cœur du quartier des ministères, le vendredi 22 juillet 2011. Ce moment est l’un des seuls où la retransmission de l’audience en direct, assurée par la télévision publique NRK à destination des téléspectateurs lambda, est interrompue à la demande de la cour.

L’autre moment très sensible est la diffusion d’un appel au secours passé par l’une des quelque cinq cents jeunes adhérents du Parti travailliste (au pouvoir à Oslo) coincés sur l’île d’Utøya. Arrivé là après l’explosion, Breivik a alors commencé à tirer sur ces cibles, tuant treize personnes dans une pièce voisine. La panique, les coups de feu: l’enregistrement est accueilli dans un silence par toutes les personnes présentes au tribunal. Comme pour l’attentat à la bombe (huit morts), l’un des deux procureurs énumère ensuite, l’un après l’autre, les noms des soixante-neuf personnes tuées durant ces trois quarts d’heure passés sur l’île, avant l’arrestation du tireur. Son parcours apparaît sur un écran, fil rouge qui sillonne Utøya à la recherche de nouvelles victimes.

Lors des quelques pauses qui rythment cette première journée, des rescapés et des avocats viennent à la rencontre des médias pour faire part de leurs réactions. Un pin’s rouge des jeunes travaillistes au col, Tore Sinding Bekkedal, épargné par Breivik sur l’île, souligne n’avoir aucun intérêt pour cette «petite personne stupide». Ce qu’il souhaite, c’est un procès «digne» qui lui permettra d’aller de l’avant. Avocate d’une vingtaine de familles, Maître Yvonne Larsen, elle, voit dans les quelques larmes versées par Breivik le signe d’une forte émotion à la simple vue de la vidéo «puérile» qu’il a mise en ligne avant de passer à l’acte.

Aussi «difficile à comprendre» soit-elle, l’idéologie de Breivik sera au centre des cinq journées d’audience à venir, prévient son principal avocat, Me Geir Lippestad. «Il a un message politique à faire passer. Il est important qu’il soit entendu», ajoute celui qui, bien que de sensibilité travailliste comme la plupart des victimes, a accepté de défendre l’homme le plus haï du royaume. Mardi, son client a l’intention, notamment, de lire à voix haute «un résumé écrit» de sa ligne idéologique. Plus tard seront convoqués à la barre militants partageant sa cause, divers experts en extrémisme, représentants de partis politiques. Le tout sous l’œil de psychiatres qui aideront la cour à décider in fine si le prévenu est sain d’esprit, comme il l’affirme, ou irresponsable de ses actes. Le verdict est prévu en juillet.

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