Cette semaine devrait être celle où Donald Trump entrera dans l’histoire comme le premier président américain «impeaché» deux fois. Après l’attaque du Capitole qui a fait cinq morts, la démocrate Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, est plus que jamais déterminée à actionner tout ce qui est en son pouvoir pour démettre Donald Trump de ses fonctions. Deux actions sont menées en parallèle.

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«Incitation à l’insurrection»

Première arme brandie: la pression sur le vice-président, Mike Pence. C’est lui qui, s’il obtient le soutien de la majorité des ministres, peut priver Trump du pouvoir pour «incapacité d’exercer ses fonctions», en invoquant le 25e amendement de la Constitution. La solution la plus rapide. Mais un scénario qui a peu de chances de se réaliser. Les démocrates lui ont donc donné un ultimatum à travers une résolution déposée lundi à la Chambre des représentants, qui n’a pas pu être adoptée à l’unanimité en raison de l’opposition de républicains. Si Mike Pence n’agit pas dans les 24 heures une fois cette résolution adoptée – elle devrait l’être ce mardi par un vote formel –, si Donald Trump ne démissionne pas, une seconde arme est lancée: l’impeachment.

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Prêt, l’article d’impeachment a été présenté lundi, dès l’ouverture de la séance de la Chambre des représentants. Rédigé sur quatre pages par trois élus – David Cicilline (Rhode Island), Jamie Raskin (Maryland) et Ted Lieu (Californie) –, il accuse Donald Trump d'«incitation à l’insurrection» et d’avoir «gravement mis en danger la sécurité des Etats-Unis». C’est la toute première étape d’un éventuel procès en destitution. L’impeachment, lancé par la Chambre des représentants, correspond à la phase de la mise en accusation. La Chambre la vote à une majorité simple, et il ne fait aucun doute que l’article sera adopté, grâce à la majorité démocrate.

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Mais c’est ensuite au Sénat (100 sièges), encore à majorité républicaine jusqu’au 22 janvier, de mener le procès en destitution à proprement parler. Et au final de prendre une décision à deux tiers des voix. Un verdict positif paraît impossible. Pour plusieurs raisons. Mitch McConnell, leader des républicains au Sénat, a déjà précisé dans un mémo qu’aucun procès ne démarrerait avant le jour de l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier. Ensuite, il faudrait que 17 sénateurs républicains votent avec les démocrates pour juger Trump coupable, et éventuellement assortir le verdict de destitution d’une interdiction d’exercer de nouvelles fonctions fédérales qui l’empêcherait de se représenter en 2024.

Un chiffre illusoire à atteindre, sauf énorme surprise. A ce stade, seuls trois sénateurs républicains, Lisa Murkowski (Alaska), Ben Sasse (Nebraska) et Pat Toomey (Pennsylvanie), osent publiquement demander la démission de Donald Trump, mais sans forcément aller plus loin. Pour Pat Toomey, qui d’ailleurs ne se représente pas en 2022, Trump a «sombré dans un niveau de folie et a commis des actes absolument impensables et impardonnables». Un avis partagé par le républicain Adam Kinzinger (Illinois), élu à la Chambre des représentants, qui pourrait, lui, soutenir un impeachment. Des démocrates craignent toutefois qu’une telle procédure, fastidieuse, si elle s’étend au-delà du 20 janvier, nuise à Joe Biden et devienne une sorte de fil à la patte, qui éclipserait ses priorités, comme la lutte contre le Covid-19.

Perte d’influence

En résumé, deux actions ont été lancées en parallèle lundi. Sans action de Mike Pence, la mise en accusation de Donald Trump pourrait être votée par la Chambre dès mercredi, une fois l’ultimatum lancé au vice-président dépassé. Nancy Pelosi a fustigé l’attitude des républicains qui ont empêché l’adoption à l’unanimité de la résolution pressant Pence d’agir et, par ricochet, retardé le processus. Elle les accuse de «complicité» d’une situation qui «met l’Amérique en danger et sape notre démocratie».

Donald Trump de son côté ne change pas ses plans. Il se rend ce mardi au Texas pour vanter la construction de son mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Donald Trump au pied du mur, tout un symbole. Quant à la First Lady, elle est sortie de son long silence lundi, pour dénoncer les attaques contre le Congrès. Et celles dont elle est elle-même victime.

Même si la procédure s’arrête après la mise en accusation, le pas franchi serait historique. Déjà blanchi début 2020 d’un procès en destitution qualifié de «simulacre» par les démocrates, Trump, impeaché une seconde fois, et privé de ses profils sur les réseaux sociaux, devrait voir son influence diminuer.

Comme l’a souligné dans nos colonnes le professeur de droit Laurence Tribe, qui a aidé à la rédaction de l’article sur l’impeachment, la démarche des démocrates pourrait déjà avoir pour effet de l’empêcher de commettre de nouveaux actes nuisibles jusqu’au 20 janvier: «Il est conscient que le Sénat, qui a le pouvoir décisionnel final, pourrait à tout moment quand même décider de le condamner et le disqualifier pour toutes fonctions officielles futures. Les membres de son gouvernement seraient également moins susceptibles d’exécuter des ordres nocifs.»

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Alors que des détails effroyables de l’attaque du Capitole continuent d’émerger au compte-gouttes, la Maison-Blanche a tenté de dissuader Nancy Pelosi de lancer une mise en accusation. Motif invoqué? «Comme l’a dit le président Trump, c’est le moment de la guérison et de l’unité pour notre nation. Une mise en accusation pour des raisons politiques contre un président à quelques jours de la fin de son mandat ne servira qu’à diviser davantage notre grand pays», n’a pas hésité à avancer un porte-parole.