La guerre des rapports fait rage aux Etats-Unis. Des «preuves accablantes» versus «une mascarade». Plus de 300 pages contre 123 pages. Dans son rapport d'impeachment rendu public mardi, Adam Schiff, le président démocrate de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, décrit en détails la «conduite inappropriée» de Donald Trump, qui a exercé des pressions sur son homologue ukrainien pour nuire à un rival politique. Il conclut qu'«aucun président n'a jamais bafoué à ce point la Constitution et le pouvoir de supervision du Congrès». La veille, les républicains avaient publié leur propre rapport d'enquête, qui lave Donald Trump de tous soupçons. 

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Sécurité nationale en danger

C'est dans ce contexte explosif, inhabituel et fortement polarisé, et alors que Donald Trump lui-même ne se prive pas de faire des commentaires depuis l'étranger, qu'une commission judiciaire doit statuer ce mercredi sur le sort du rapport publié mardi ; voire, si elle va de l'avant, rédiger l'acte d'accusation. Sauf imprévu, la Chambre des représentants, à majorité démocrate, se prononcera ensuite en faveur d'une mise en accusation. Le dossier passera alors au Sénat, où se déroulera le procès en destitution. Une étape qui pourrait débuter en janvier. Le Sénat statuera à une majorité de deux tiers des voix sur l'avenir du président américain.

Malgré la nervosité qui entoure le dossier et les tentatives de la Maison-Blanche d'empêcher des témoins de participer à des auditions publiques, l'issue ne devrait pas faire de mystère: Donald Trump restera président des Etats-Unis. Il faudrait en effet que 20 sénateurs républicains votent contre lui pour qu'il soit destitué, un scénario à ce stade difficile à imaginer. 

Le rapport clôt plusieurs semaines d'enquête et d'auditions d'une quinzaine de témoins, dont celle de l'ambassadrice à Kiev limogée après avoir été victime d'une violente campagne de dénigrement. La commission du Renseignement ne révèle pas vraiment de nouvelles informations, mais elle confirme que «le président Trump a, personnellement et par l'entremise d'agents au sein et à l'extérieur du gouvernement, sollicité l'ingérence d'un pays étranger, l'Ukraine, pour favoriser sa campagne de réélection». Et qu'il a donc «placé ses intérêts personnels et politiques au-dessus des intérêts nationaux, a cherché à miner l'intégrité du processus électoral américain et mis en danger la sécurité nationale». Elle l'accuse aussi d'obstruction. Des accusations graves. Dans leur rapport, les républicains écrivent au contraire qu'aucune preuve de corruption, d'extorsion ou de tout autre crime et délit grave n'a été apportée lors des auditions publiques. 

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Adam Schiff ne nie pas que des questions demeurent sans réponse et que l'enquête doit se poursuivre. Mais il invoque une certaine urgence «compte tenu du risque immédiat de nouvelles tentatives présidentielles de solliciter une ingérence étrangère lors de la prochaine élection». Parmi les questions qui restent ouvertes, et qui désormais intéressent la presse américaine, figure le rôle joué par Devin Nunes. Elu républicain de la commission du Renseignement, il s'est montré particulièrement coriace, parfois même agressif, dans ses questions lors des auditions. Or ses contacts répétés avec Rudy Giuliani, l'avocat personnel de Donald Trump au coeur de l'affaire ukrainienne, éveillent désormais des soupçons. 

Les Américains divisés 

Pour rappel, c'est un lanceur d'alerte, resté anonyme, qui, le premier, a révélé l'existence d'un coup de fil entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky passé le 25 juillet dernier. Il jugeait son contenu dérangeant et problématique. Très vite, les enquêtes de la commission du Renseignement ont tourné autour de deux points principaux: Donald Trump a-t-il cherché à obtenir du président ukrainien qu'il lance une enquête sur le fils de Joe Biden, pour nuire à un rival démocrate lancé dans la course à la présidentielle? Et, a-t-il bien fait miroiter à Volodymyr Zelensky une visite à la Maison-Blanche et gelé une aide militaire de 400 millions de dollars dans l'espoir d'arriver à ses fins? Pour les démocrates, il n'y a pas de doute. Le 24 septembre, la speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait justifié le lancement de la procédure, en parlant de «trahison» et d'«abus de pouvoir».

Depuis l'Angleterre où il participe au sommet de l'OTAN, Donald Trump n'a pas caché sa colère. En apprenant qu'Adam Schiff allait publier le rapport pendant son absence, il a exprimé son mécontentement, qualifiant le démocrate d'«homme complètement malade», de «menteur» et de «maniaque». Mardi, la porte-parole de la Maison-Blanche, qui accompagne Donald Trump au sommet de l'OTAN, a très vite qualifié le rapport d'«imposture». Dans un style très trumpien, elle affirme qu'il «se lit comme les divagations d'un blogueur de bas étage qui s'évertue à prouver quelque chose quand il n'y a clairement rien».

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Selon le site RealClearPolitics, environ 49% des Américains soutiennent une mise en accusation de Donald Trump contre 44% qui sont contre. Si Donald Trump échappe à une destitution, reste la question suivante: cette procédure va-t-elle peser sur ses chances de réélection?