Les précautions oratoires ne sont plus de mise: à cause des prothèses mammaires défectueuses produites par la société PIP, la France est confrontée à une crise sanitaire majeure. Dans le pays, 30 000 femmes portent des implants produits par PIP et d’ici la fin de la semaine, le gouvernement devrait lancer un appel enjoignant à toutes les personnes concernées de se faire réopérer pour les retirer, annonce Libération. En Suisse, quelque 280 femmes seraient dotées d’implants PIP, selon une estimation de Swissmedic.

A l’origine de l’affaire, les implants fabriqués par la société varoise Poly Implant Prothèse (PIP), aujourd’hui en faillite. L’entreprise, qui fait l’objet d’une enquête du parquet de Marseille, est accusée d’avoir produit des implants frauduleux. Remplis avec du gel industriel non médical, impropre à la réalisation de prothèses, ils se fissurent aisément, laissant la substance entrer directement en contact avec l’organisme.

A ce jour, des cancers ont été détectés chez huit femmes porteuses de prothèses PIP défectueuses, a annoncé la semaine dernière le professeur Jean-Yves Grall, directeur général de la Santé. Cinq cancers du sein, une leucémie, un lymphome de l’amygdale et un lymphome rare du sein. Dans ce dernier cas, la patiente atteinte est décédée.

Pour l’heure, aucun lien formel direct n’a pu être établi entre les poches de silicone implantées et les maladies diagnostiquées, mais le doute est suffisant pour que les autorités s’apprêtent à inviter les 30 000 femmes concernées à se faire «explanter», selon le quotidien Libération. Citant Jean-Yves Grall, la présidente de l’Institut national du cancer et le professeur Laurent Lantieri, chirurgien plasticien renommé membre du comité de suivi mis en place dans le cadre de l’affaire, le journal écrivait mardi que la décision a déjà été prise, même si l’annonce ne devrait intervenir qu’en fin de semaine. «Il n’y a pas d’urgence, mais nous n’avons plus le choix. Il faut retirer toutes ces prothèses», déclare Laurent Lantieri dans les colonnes du quotidien.

Impact dévastateur

«Si l’annonce a effectivement lieu, j’en serai satisfaite, car elle démontrera que le gouvernement prend les choses en main, explique au Temps Murielle Ajello, qui préside le Mouvement de défense des femmes porteuses d’implants et de prothèses. Même si, souligne-t-elle, l’impact psychologique de l’appel sera dévastateur sur les femmes concernées. «Face à une telle mesure, on se dira forcément que la situation est très grave, alors que nous ne sommes pas toutes exposées de la même façon. En l’état actuel des informations, on pense que la majorité des prothèses implantées ne sont pas dangereuses, mais comme on ignore quels lots sont défectueux et dans quelle mesure toutes doivent être retirées.»

La planification des interventions sera d’autant plus ardue à réaliser que «la plupart des femmes ne veulent pas uniquement qu’on leur retire les prothèses à risque, elles veulent recevoir de nouveaux implants lors de la même opération», souligne Murielle Ajello. Mais si la sécurité sociale prend bien en charge toutes les explantations, la mise en place de nouvelles prothèses n’est remboursée que pour les femmes qui ont subi une reconstruction mammaire après un cancer, pas pour celles qui se sont fait opérer à des fins esthétiques. Un problème selon Murielle Ajello, car certaines femmes qui n’ont pas les moyens de financer de nouveaux implants ont d’ores et déjà «renoncé à se faire retirer leurs prothèses.»

Du côté de Swissmedic, on maintient pour l’heure les recommandations édictées en juin dernier, invitant les femmes porteuses d’implants PIP à effectuer des contrôles tous les six mois. Et en cas de douleurs et d’irritations, de consulter immédiatement. L’institut souligne qu’il suit l’affaire «de très près».