Il patientait tranquillement jeudi à l'arrêt de bus de Tor Bella Monaca dans la banlieue populaire de Rome. A l'improviste, six jeunes adolescents l'ont apostrophé: «Hé, Chinois de merde.» L'un d'entre eux a ensuite commencé à le frapper. Les autres l'ont roué de coups de pied. Le visage en sang, l'homme, âgé de 36 ans, s'est écroulé à terre. Seule l'intervention d'un passant (conseiller municipal de l'Alliance nationale) a permis de mettre en fuite le groupe de jeunes. Interpellés quelques heures plus tard, les jeunes se sont murés dans un inquiétant silence, incapables d'expliquer les raisons d'un tel passage à tabac en plein après-midi.

«Virus du racisme»

«C'est le virus du racisme», s'inquiète de son côté la presse transalpine. Car l'épisode de Tor Bella Monaca fait suite à une impressionnante recrudescence des violences à caractère xénophobe. Le 14 septembre dernier, à Milan, un jeune homme originaire du Burkina Faso a été tué par deux commerçants à coups de bâtons parce qu'il avait, semble-t-il, dérobé quelques biscuits. «Sale Noir» hurlaient les deux hommes en achevant l'adolescent. Le 23 août, un étudiant angolais a été frappé et insulté par trois Italiens à Gênes. Un mois plus tôt à Milan, un Sri Lankais a été violemment pris à partie. L'exécution, il y a quelques jours de six Africains par la Camorra à Castel Volturno, dans la province de Naples, est sans doute davantage en rapport avec le contrôle du territoire et des règlements de comptes de la criminalité organisée qu'avec une explosion de la xénophobie.

Il n'en reste pas moins que La Repubblica indiquait vendredi qu'en 2007 les cas de racisme en Italie ont dépassé le chiffre de 200 et que chaque jour apporte désormais son lot de violence. Que ce soit de la part de citoyens ou parfois de représentants des forces de l'ordre. Deux jours avant l'agression du Chinois, un étudiant ghanéen avait dénoncé avoir subi des vexations et des coups portés par des policiers municipaux de Parme. Jeudi, un vendeur ambulant sénégalais a été frappé à coups de barre de fer à Milan. Hier encore, une Somalienne de 51 ans a accusé les douaniers de l'aéroport de Rome de l'avoir illégalement retenue pendant quatre heures et de l'avoir traitée de «nègre».

Dans ce contexte tendu, les murs de Rome sont régulièrement couverts d'inscriptions racistes et antisémites. Hier, dans le quartier Prenestino le nom d'Anne Franck (adolescente juive allemande déportée et dont le journal intime a été publié) a été taggé sur les murs orné d'une croix gammée. «Ces actes scélérats offensent la mémoire», a immédiatement condamné le maire Alliance nationale Gianni Alemanno. De manière générale, la majorité de droite prend soin de dénoncer vigoureusement les épisodes de racisme. Mais la gauche italienne dénonce un climat d'intolérance fomenté par la coalition de Silvio Berlusconi. «Le gouvernement souffle sur la peur», a insisté hier le secrétaire du Parti démocrate, Walter Veltroni. Ancien activiste d'extrême droite, Gianni Alemanno aux dernières élections a notamment mené campagne sur l'insécurité. Quant aux élus de la Ligue du Nord ils multiplient les déclarations sulfureuses. Le vice-maire de Trévise, Giancarlo Gentilini, a par exemple lâché jeudi: «Je ne veux pas voir de Noirs, de marrons ou de gris enseigner quoi que ce soit à nos enfants.»

Longtemps épargnée par le racisme, l'Italie, qui a connu en quelques années une vague d'immigration sans précédent, est ainsi le théâtre d'une augmentation préoccupante de propos et d'actes xénophobes. Même l'Eglise catholique, au plus haut niveau, s'inquiète et ne cache plus sa «préoccupation face à un renouveau du racisme».