«Au vu de l'incertitude actuelle, on est parti, me semble-t-il, pour une nouvelle surprise électorale majeure, que ni les médias, ni les sondages n'auront décelée. Et cette surprise, à mon sens, peut venir de François Bayrou qui, quoi qu'on en dise, a réussi sa percée. Le schéma gauche-droite a maintenant éclaté. La «droitisation» extrême de Nicolas Sarkozy rebat les cartes du jeu politique. En levant l'interdit qui pesait, au sein de la droite classique, sur les valeurs du Front national, ce dernier a fait sauter les frontières. Il légitime le pari centriste et justifie pleinement l'appel de Michel Rocard et de Bernard Kouchner pour une nouvelle forme d'union entre les sociaux-démocrates et les démocrates sociaux.

»Je suis également frappé par la cécité du Parti socialiste qui continue de faire la leçon du vote utile sans avoir tiré aucune leçon du scrutin de 2002 et de l'élimination au premier tour de Lionel Jospin. Jospin a échoué car il n'avait pas conclu d'accord, ni au centre, ni à gauche et qu'il avait fait une mauvaise campagne. Or qu'a fait Ségolène Royal? Elle apparaît coupée, dans cette derrière ligne droite, dans une solitude absolue. Ultime aveuglement: Ségolène a remporté les primaires socialistes car elle paraissait la mieux placée pour battre Sarkozy. Les sondages montrent aujourd'hui qu'elle perd au second tour alors que Bayrou lui, l'emporterait. N'y a-t-il pas des conséquences à en tirer?»

Demain: Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières