Russie

Impunité pour les commanditaires de meurtre de Nemtsov

Démocrates et libéraux russes commémorent la mémoire de Boris Nemtsov, assassiné le 27 février 2015. Les commanditaires présumés du meurtre ne sont pas inquiétés par la justice russe

Un an après la mort de Boris Nemtsov, les commanditaires présumés de son meurtre intimident ce qui reste de l’opposition russe. Les exécutants tchétchènes, appartenant à l’entourage du dirigeant pro-Kremlin Ramzan Kadyrov, ont été arrêtés, mais l’enquête n’ira pas plus loin. Comme dans le cas de l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa en 2006.

Cinq balles ont frappé Boris Nemtsov, dans le dos alors qu’il se promenait sur un pont enjambant la Moskva, à tout juste 350 mètres des murs du Kremlin. Ce beau gosse athlétique, séducteur affiché, rentrait à pied d’un dîner avec sa dernière conquête, une jeune et ravissante modèle ukrainienne.

Les médias dominants, soumis au Kremlin, ont aussitôt fait diversion pour réduire l’impact sur l’image du Kremlin. Il se serait agi de la jalousie d’un petit copain, ou de la vengeance d’islamistes vexés par le soutien affiché par Nemtsov au journal satirique «Charlie Hebdo». Des versions oubliées dès que la température est retombée.

Sous les ordres de Kadyrov

En parallèle, l’enquête progresse à une vitesse saisissante. Selon le journal Novaïa Gazeta, le président Vladimir Poutine a été informé de l’identité des assassins dès le 2 mars, soit à peine deux jours après les faits. Le 5 mars, six suspects tchétchènes sont interpellés, dont Zaur Dadaev, l’homme qui a tiré sur Nemtsov. La moitié d’entre eux travaillent dans les structures de sécurité tchétchènes, sous l’autorité de Ruslan Geremeev, lui-même bras droit de Ramzan Kadyrov.

Geremeev, rapidement considéré comme le commanditaire du meurtre par les proches de Nemtsov, part d’abord se réfugier aux Emirats Arabes Unis, avant de revenir en Tchétchénie. Il ne sera jamais interrogé par les enquêteurs. Le dirigeant Ramzan Kadyrov nie toute responsabilité, qualifie le tireur Zaur Dadaev de «vrai patriote», et accuse l’opposition d’avoir elle-même organisé le meurtre. Se disant prêt à tirer pour défendre le président Poutine, Kadyrov ne cesse de diffamer l’opposition («des traîtres au service de l’étranger») et multiplie les intimidations. Début janvier, il publie une vidéo sur son compte Instagram où deux leaders de l’opposition libérale apparaissent filmés comme à travers le viseur d’un fusil.

Manifestation des démocrates

Infatigable pourfendeur du système Poutine, Nemtsov se savait menacé. Le Kremlin s’efforçait depuis longtemps de le marginaliser en l’interdisant d’antenne sur les chaînes télévisées. Et ce, en dépit du fait qu’il ait été un poids lourd politique depuis les années 90: député, gouverneur, vice-premier ministre, chef de parti. Vendredi, le parlement russe a refusé d’observer une minute de silence à sa mémoire, comme il avait refusé de le faire au lendemain du crime.

Reste l’opposition libérale, qui se mobilise pour défendre sa mémoire. Un mémorial est entretenu depuis un an sur le lieu du crime, qui est régulièrement détruit par la municipalité et par des militants pro-Kremlin. Aujourd’hui, une manifestation de commémoration est organisée à Moscou. Un test de ténacité pour les forces démocratiques.

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