Catastrophe

Incendies en Grèce: «C'était indescriptible, on ne pouvait pas respirer»

Dans la soirée de lundi, plusieurs foyers d’incendie se sont déclarés autour d'Athènes, faisant au moins 75 morts. Le petit village de vacanciers de Mati est sous le choc

Dans la petite rue qui longe la côte de la station balnéaire de Mati, une odeur douceâtre de pin brûlé flotte dans l’air. Tous les cent mètres, des squelettes de voitures calcinées permettent de retracer le passage des flammes. Après un tournant, une vision d’apocalypse apparaît. Ici, des carcasses de voitures ont été entassées sur le bord de la route, elles ont brûlé alors que leurs habitants tentaient de fuir. Le bruit des grues d’une entreprise de construction chargée du nettoyage par la région de l’Attique est assourdissant.

Sur un panneau noir de suie on peut encore lire avec difficulté «Municipalité de Néa Makri. Bienvenue». Un homme d’une quarantaine d’années, les cheveux noirs en bataille et l’air hagard, sort d’une maison suivi d’une jeune femme en pleurs. Ils n’étaient pas là hier soir heureusement. Ils viennent de découvrir les dégâts et sont sans voix: «Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? C’est tout l’univers qui a pris feu.»

«Tout s'est passé très vite»

Un peu plus bas, une taverne en bois typique des bords de mer fume encore à côté d’une autre qui est intacte, elle. C’est ici que plusieurs centaines d’habitants sont descendus hier soir pour se réfugier comme Lefteris. Ce retraité aux cheveux clairsemés tourne en rond devant sa voiture garée sur un terre-plein de béton. Il n’en revient pas: elle n’a pas brûlé, sa maison non plus.

Dans l’entrée, sa femme, Voula, attend le signal pour prendre ses affaires et partir. Comme tous les ans, ils étaient venus passer leurs vacances dans leur petite maison secondaire bordée d’oliviers. Les yeux cernés, elle raconte le cauchemar qu’ils ont vécu: «Tout s’est passé très vite. Entre le moment où nous avons vu le feu à la télévision et celui où le ciel s’est assombri et des morceaux enflammés ont commencé à tomber dans notre jardin, seules cinq minutes se sont écoulées.»

Sauvés par la mer

Son mari explique que chaque année des feux de forêts se déclarent plus en hauteur sur les collines, mais en 60 ans, ils n’avaient jamais vu les flammes descendre jusqu’à Mati. Avec sa femme et leurs deux petits enfants, ils partent alors en voiture, mais ils doivent l’abandonner car la route est bloquée. Ils continuent à pied vers la petite crique en bas. Sur le chemin, des pommes de pins enflammées tombent des grands pins parasols qui faisaient tout le charme de ce lieu de villégiature.

En deux minutes, les deux grand-parents et leurs petits enfants sont dans l’eau: «Heureusement, nous étions proche de la mer», raconte Voula. Ils s’éloignent autant que possible de la rive, jusqu’à ce que l’eau atteigne leurs poitrines. Cette retraitée décrit l’enfer: «C’était indescriptible. On ne pouvait pas respirer, les enfants n’arrivaient plus à ouvrir leurs yeux, complètement collés par la suie. On ne pouvait aller nulle part, il n’y avait pas d’issue.» Au bout de deux heures, selon elle, les gardes côtes arrivent en bateau pour les emmener en sécurité au port de Rafina à quelques kilomètres au sud.

Voula est heureuse d’être vivante, mais elle s’effondre brusquement en parlant d’une amie disparue avec une partie de sa famille : «Vers 18h30 elle a parlé à sa fille au téléphone. Elle lui dit qu’ils étaient dans la voiture et qu’ils étaient en train de brûler...» Sa voix s’éteint. Depuis, elle est sans nouvelles.

Manque d'informations

Un peu plus loin, comme beaucoup d'autres, un jeune et ses amis arpentent le village sans s'arrêter depuis mardi matin. Giorgos Chatzianastasiadis, chanceux, a pu s'échapper rapidement en voiture mais ce matin, il a découvert une vision d'horreur. Il raconte, choqué: «Il y avait  beaucoup de voitures carbonisées partout. J'ai aussi vu quelqu'un qui s'était fait écraser. Et aussi un squelette. Ça devait être un enfant.» Il reprend sa respiration pour dire à quel point il est en colère, il aurait aimé être mieux informé: «Ici, sur les collines derrière, il y a des incendies chaque année et pourtant les gens sont morts car ils n'ont pas su comment réagir.»

Le temps de l'analyse des responsabilités viendra bientôt. En attendant, ce mardi en fin de journée, ambulances, police, pompiers et bénévoles continuaient de quadriller la région à la recherche de victimes. Dans un discours, le premier ministre grec Alexis Tsipras a parlé de « tragédie indicible » avant de déclarer trois jours de deuil national.


Le réchauffement climatique n’est pas en cause

L’Organisation météorologique mondiale ne fait pas de lien entre les incendies en Grèce et ceux en Scandinavie

Les incendies qui ravagent la Grèce ne sont pas dus au réchauffement climatique, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Le 23 juillet, soit la veille des premiers incendies, la température en Grèce était de 38 degrés, note l’OMM, une chaleur habituelle pour la saison là-bas. L’organisation, basée à Genève, souligne aussi que le pays n’a pas été «témoin de précipitations inférieures à la moyenne jusqu’à présent cet été». Ce sont plutôt les vents violents, enregistrés à plus de 100 kilomètres à l’heure, qui ont favorisé la propagation du feu.

Par contre, la situation météorologique dans le nord de l’Europe est tout à fait exceptionnelle. Affectées par un temps extrêmement sec et chaud depuis le mois de mai, les nappes phréatiques se sont vidées, ce qui a provoqué la sécheresse et de nombreux feux de forêt, une cinquantaine rien qu’en Suède. Pour preuve la ville de Bardufoss, en Norvège, habituellement très froide, qui a enregistré une température record de 33,5 degrés. Même le cercle polaire a vu rouge avec un relevé de 30 degrés. Cette vague de chaleur est due à un anticyclone bloqué sur l’Europe du Nord depuis plusieurs semaines, un phénomène courant en hiver, mais aussi en été, et qui bloque la circulation des masses d’air en provenance de l’océan. L’OMM pense que le réchauffement climatique prolonge ce genre de phénomène.

En effet, cette situation inhabituelle ne risque pas de s’inverser ces prochains jours. Le centre climatologique de l’OMM, géré par le service météorologique allemand DWD, prévoit une «poursuite de la sécheresse et des températures supérieures à la normale pendant au moins deux semaines pour l’Europe du Nord». Maxence Cuenot

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