L’événement aura lieu jeudi 17 mai, à l’Hôtel de ville d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne. Motif: la remise du prestigieux Prix Charlemagne au ministre des Finances Allemand Wolfgang Schäuble, pressenti pour succéder au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la présidence de l’Eurogroupe à la fin de juin. «Le nouveau ministre français des Finances a intérêt à y être, conseille un haut fonctionnaire bruxellois. Vu les circonstances, il s’agira d’un moment important, sur le plan symbolique et poli­tique.»

Le souci d’établir très vite des liens avec la nouvelle administration hexagonale n’est guère surprenant. Réunis ce lundi à Bruxelles sur fond de confusion en Grèce (voir ci-dessous), les grands argentiers de l’Eurogroupe vivent mal l’incertitude qui continue de flotter à Paris, sur le remplacement de l’UMP François Baroin. Reçus la semaine dernière par François Hollande, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker ont eu affaire à un trio composé du président élu, de son bras droit pour les affaires économiques Michel Sapin et de Pierre Moscovici, son ex-directeur de campagne. Ils en sont revenus dubitatifs sur la familiarité de cette équipe avec la crise grecque, et sur la méthode du nouveau chef de l’Etat, qui rendra visite pour la première fois à Angela Merkel mardi après-midi à Berlin, dans la foulée de la passation de pouvoirs.

«L’incertitude française crispe, confirme-t-on à Bruxelles. François Hollande a promis d’adresser un mémorandum à ses homologues européens, mais, au-delà, la personnalité du futur ministre des Finances jouera un grand rôle.» Grand Européen, souvent mal à l’aise avec sa chancelière, Wolfgang Schäuble est un décideur à part entière, dont la voix pèse parfois même plus que celle de sa patronne auprès des marchés financiers. Or Schäuble n’a pas retrouvé de vraie complicité franco-allemande depuis le départ au Fonds monétaire international (FMI) de Christine Lagarde.

Plus préoccupant: le ministre allemand, rigoureux en diable, craint plus que tout la réputation de «flou» dont François Hollande reste lesté. D’autant qu’il doit, en Allemagne, compter avec une opposition sociale-démocrate dopée par ses succès électoraux. «L’axe franco-allemand a besoin de solidité, poursuit-on dans l’entourage d’Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques. Schäuble espère donc avoir un interlocuteur digne de confiance.»

L’Eurogroupe, en parallèle, est en train de subir une mutation. Jusqu’à cette année, Jean-Claude Juncker en menait seul les débats, au niveau des ministres des Finances. Mais la crise a amené les dirigeants des pays dotés de la monnaie unique à prévoir de se réunir au moins deux fois par an à partir de 2012, sous la présidence d’Herman Van Rompuy. Un nouvel équilibre devra donc être trouvé, pour éviter les discordes qui ont marqué la gestion européenne de la crise des dettes souveraines depuis fin 2009: «Le nouveau couple Merkhollande, même s’il fonctionne, ne suffira pas, reconnaît l’eurodéputée socialiste française Pervenche Berès. Il faudra, si l’on veut réorienter l’Europe, que cela suive derrière.»

Les ministres des Finances, enfin, fonctionnent comme une sorte de club à part. Leurs débats, auxquels assistent le président de la Banque européenne d’investissement Werner Hoyer, celui du Fonds de secours d’urgence (EFSF) Klaus Regling, le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, Olli Rehn et parfois la patronne du FMI, sont l’observatoire privilégié de la crise. Or la crainte de voir les fragiles équilibres de cette «équipe» ébranlés par une forte personnalité, comme Martine Aubry dont le nom est parfois évoqué, inquiète. «N’oubliez pas que ce club est l’antre de la culture de stabilité chère aux Allemands, source du «pacte budgétaire» remis en cause par Paris», prévient un observateur.

Dès la fin de cette semaine, au-delà de la remise du Prix Charlemagne, les discussions informelles devraient donc se multiplier pour préparer la rencontre des chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE le 23 mai, avant le prochain Eurogroupe de la mi-juin. Puis le sommet européen des 28 et 29 juin, lors duquel les grandes lignes d’un plan de relance pourraient être approuvées.

«Le nouveau couple Merkhollande,même s’il fonctionne, ne suffira pas»