Donald Trump était prêt à sabrer le champagne. Il se préparait ce vendredi à sa première victoire au Congrès, avec le vote probable du Sénat sur sa réforme fiscale, jusqu’à ce que le procureur spécial Robert Mueller en décide autrement. L’annonce de l’inculpation de Michael Flynn, dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle américaine, a fait l’effet d’une bombe. Pour la première fois, c’est un collaborateur direct du président Trump qui est accusé. Les trois premières inculpations visaient des personnes actives dans son équipe de campagne.

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Nervosité évidente à la Maison-Blanche

Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, est accusé d’avoir menti au FBI. Il a plaidé coupable devant un juge d’une cour fédérale à Washington. Il est désormais prêt à collaborer avec la justice. L’étau est-il en train de dangereusement se resserrer autour de Donald Trump et de ses proches? Michael Flynn va-t-il faire des révélations fracassantes susceptibles de faire tomber le président? Signe d’une nervosité évidente, la Maison-Blanche a tenté très rapidement d’éteindre l’incendie.

«Rien dans le plaider coupable ou les chefs d’inculpation n’implique d’autres personnes que Michael Flynn», a fait savoir le conseiller Ty Cobb, dans un communiqué. Il rappelle que l’ancien général n’a été conseiller que pendant 25 jours. Il a en effet été contraint à la démission et limogé le 13 février. Surtout, Michael Flynn est qualifié dans le communiqué d'«ancien de l’administration Obama», ce qui est plutôt fort de café quand on sait qu’il a soutenu Donald Trump dès le départ. La Maison-Blanche met tout en œuvre pour s’en désolidariser. Donald Trump n’a de son côté cessé ces derniers mois de réfuter toute «collusion» avec Moscou et de dénoncer une «chasse aux sorcières».

«Omissions et fausses déclarations»

«Le 24 janvier 2017, l’accusé Michael T. Flynn a obstinément et sciemment émis des déclarations qui sont matériellement fausses, imaginaires et frauduleuses», précise l’acte d’inculpation. «Les omissions et fausses déclarations de M. Flynn ont entravé et eu des conséquences réelles sur les investigations en cours du FBI» à propos de la possible collusion entre Moscou et l’équipe de Donald Trump, peut-on lire dans le document signé Robert Mueller. Le texte précise encore qu’il a contacté les Russes en décembre 2016 à la demande d’un «très haut responsable» de l’équipe Trump.

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Dans sa lettre de départ déjà, Michael Flynn avait admis ses torts. Il avait reconnu avoir «par inadvertance trompé le vice-président élu Mike Pence et d’autres personnes avec des informations incomplètes sur ses discussions téléphoniques avec l’ambassadeur de Russie à Washington». Il avait en fait cherché à rassurer Sergueï Kislyak [qui n’est plus aux Etats-Unis, ndlr] à propos des sanctions annoncées par Barack Obama contre Moscou, une fois les conclusions du rapport de la CIA révélées. Pour rappel, c’est ce rapport, dévoilé par le Washington Post en décembre 2016, qui a relevé que l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine avait pour but de faire élire Donald Trump.

Personnage central de l’affaire russe

L’ancien directeur du renseignement militaire a d’abord eu une attitude peu coopérante. Le Congrès l’a exhorté à lui remettre des documents sur ses liens avec la Russie, mais il a refusé, en invoquant le droit au silence. Même comportement avec les enquêteurs du FBI. Acculé et accusé de mensonges, il a fini par inverser sa stratégie. Et se met à table. Pendant la campagne de Donald Trump, il avait électrisé la foule en l’encourageant à demander l’emprisonnement d’Hillary Clinton à coups de «Lock her up!» Le voilà qui tente de sauver sa peau pour ne pas se retrouver derrière les barreaux.

«J’admets que les actes que j’ai reconnus aujourd’hui devant le tribunal constituent une grave erreur. Mon plaider coupable et mon accord pour coopérer avec le bureau du procureur spécial reflètent une décision que j’ai prise dans l’intérêt supérieur de ma famille et de notre pays. J’accepte l’entière responsabilité de mes actes», souligne l’inculpé dans un bref communiqué. Le juge Rudolph Contreras a précisé qu’il n’y aurait pas de procès.

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Le 31 octobre, Paul Manafort, ex-directeur de campagne de Trump, son associé Richard Gates, et George Papadopoulos, alors en charge des questions de politique étrangère, ont été les premiers inculpés. Avec Michael Flynn, Robert Mueller s’en prend à un plus gros poisson. Il est bien l’un des personnages centraux de l'«affaire russe», qui empoisonne le mandat de Donald Trump.